La Popelinière. armée
Le roi de Navarre , tout en offrant à Henri III ses services , cherchait à s'appuyer sur les princes protestants. Ses négociations avec Elisabeth prirent une tournure favorable; les protestants anglais sentaient, le besoin de s'unir d'une mnnière plus étroite avec lès huguenots contre leurs ennemis communs qui , après avoir essayé de vaincre leur souveraine sur des champs de bataille, avaient pris la résolution de la faire assassiner.
De nos jours, un monarque qui , comme le Vieux de la Montagne, dirait à un de ses sujets: Va tuer cet empereur; à un autre; Va tuer ce prince, tomberait infailliblement sous les coups de l'explosion de l'indignation publique; et cependant, au seizième siècle, cela se pratiquait en toute sûreté de conscience : Rome et Madrid étaient les deux capitales qui tenaient chacune une école d'assassinat, l'une sous la présidence du roi catholique, l'autre sous celle du pape. On n'était pas arrivé tout à coup à ce degré d'aberration morale; car, ainsi que la vertu, le crime a ses degrés ; on y était parvenu peu à peu , après que des idées fausses eurent pris racine dans les esprits. Ainsi , du droit divin des rois , on avait tiré cette conclusion que le prince avait droit de vie et de mort sur ses sujets ; que , quand il ne pouvait l'exercer par le bras de la justice, il pouvait se faire justice lui-même par le bras d'un assassin. Philippe II avait usé largement de ce droit, même à l'égard de son propre fils; de même aussi dans l'Église s'était glissé ce principe, qu'elle était infaillible, que le pape, son chef, avait domination sur les couronnes et les consciences, et que tout acte qui a pour but le bien de l'Église est bon en soi. Ces principes venaient d'être mis récemment en pratique à l'égard du prince d'Orange. Philippe II n'ayant pu le vaincre, le fit, de concert avec les jésuites, assassiner le 10 juillet 1581 par un Franc-Comtois nommé Gérard. Le meurtrier se glorifia de son action : «Ne négligez rien, disait -il à ses exécuteurs, pour mon martyre; j'en aurai plus de droits au royaume des cieux. »
Philippe II se réjouit plus de la mort du prince d'Orange que de la nouvelle d'une grande victoire; elle le débarras-