‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 114 sur 258 · De Thou, Vraie déclaration, etc., liv. LXXIX · texte numérisé non relu

De Thou, Vraie déclaration, etc., liv. LXXIX

à l'expédition de son frère clans les Flandres et soutenu ses habitants contre Philippe II , leur souverain légitime. Déjà avant cette époque, il avait, par son traité avec les Suisses (8 mai 1579), pris sous sa protection Genève, le foyer de l'hérésie ; il avait signé presque coup sur coup deux paix avec les huguenots à bout de leurs forces et de leurs ressources, et dans le moment présent, Épernon était parti pour se concerter avec le roi de Navarre ! Que de sujets d'accusation! surtout quand, après la mort du duc d'Anjou, il avait reconnu pour son héritier le Béarnais , un hérétique , un relaps ! 1

Tout annonçait donc de prochains orages. Les Guises, qui avaient, du moins en apparence, renoncé à leur prétention de descendre en ligne directe de Charlemagne , voulurent opposer le cardinal de Bourbon au roi de Navarre , son neveu , et le faire déclarer l'héritier présomptif de la couronne5. Ce prélat, alors âgé de soixante et un ans, ne se recommandait ni par ses talents, ni par sa moralité. Son incapacité et son titre de cardinal l'avaient fait surnommer par dérision l'âne rouge. 3

Les Guises surent îe gagner par l'appât d'une couronne. Henri III, qui apprit les velléités d'ambition du vieux prélat, lui dit un jour (mais laissons parler l'Esloile) : «Le roi, au commencement de septembre, étant à Gaillon4, demanda au cardinal de Bourbon s'il lui dirait la vérité de ce qu'il lui demanderait; à quoi le cardinal ayant répondu que oui, pourvu qu'il la sût, Sa Majesté lui dit: «Mon cousin, vous voyez que je n'ai pas de lignée et qu'apparemment je n'en aurai pas ; si Dieu disposait de moi aujourd'hui , comme toutes choses de ce monde sont incertaines , la couronne tombe de droite ligne en votre maison. Cela avenant , encore que je sache que vous ne le désirez point, n'est-il pas vrai que vous voudriez précéder votre neveu, le roi de Navarre?» — «Sire, répondit le bonhomme, je crois que les dents ne me feront plus mal quand cela adviendra [

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