LIVRE XVII
«'est chose à quoi je n'ai jamais pensé pour être de tous hors d'apparence et contre l'ordre de nature.» — «Oui; mais, répliqua le roi, vous voyez comme tous les jours il est interverti; si cela donc advenait, je désire savoir de vous si vous ne voudriez pas disputer avec votre neveu. » Alors M. le cardinal se sentant fort pressé du roi , va lui dire : « Sire , puisque vous le voulez et me le commandez , si le malheur nous en voulait tant que cela advînt, je pense qu'il m'appartiendrait, et non pas à mon neveu , et serais fort résolu de ne pas le lui quitter. » Lors le roi , se prenant à sourire et lui frappant sur l'épaule; «Mon bon ami, lui dit-il; le Chàtelet vous la donnerait, mais la cour vous Tôterait,)) et à l'instant s'en alla se moquant de lui.))1
L'ambition ne vieillit pas même chez les sots. Le cardinal, sur les marches de la tombe , rêva la couronne d'un roi à peine âgé de trente-quatre ans. Comme il était l'homme de la situation , le duc de Guise écrivit au roi d'Espagne qu'il était dans l'intérêt de la ligue de reconnaître le prélat pour l'héritier présomptif de la couronne de France. Philippe II entra pleinement dans les plans du duc et envoya à Paris J. B. de Taxis et Jean Moreo, munis de ses pleins pouvoirs.
Le 31 décembre 1584, les envoyés du roi catholique se rendirent à Joinville , où se trouvèrent le duc de Guise et Maineville, fondé de pouvoirs du cardinal de Bourbon: «là fut signé , dit Sismondi , un traité qui fait époque comme le premier acte diplomatique de la ligue.3»
Les parties contractantes disaient dans le préambule de leur traité qu'ils s'unissaient pour la défense de la religion catholique et l'extirpation de l'hérésie, tant en France que dans les Pays-Bas; qu'ils s'engageaient à faire déclarer le cardinal de Bourbon successeur à la couronne après la mort de Henri III, à l'exclusion de tous autres princes du sang royal.