LIVRE XVII
et cruelles contre les papistes et surtout contre les prêtres qui se cachaient; plusieurs ecclésiastiques avaient déjà
Î)éri dans des supplices atroces, legs barbares de la légisation criminelle du moyen âge. Le duc de Guise avait fait faire de grands tableaux et des gravures qui représentaient ces horribles exécutions ; il les exposait aux regards des passants, auxquels des hommes apostés en donnaient l'explication: «Tel sera votre sort, leur disaient-ils, si le béarnais parvient à la couronne.1»
Les impressions que donnaient ces représentations théâ- ; traies étaient augmentées par les discours frénétiques des prédicateurs, parmi lesquels se distinguait déjà le Gascon Guincestre. Ils passionnaient les multitudes par le tableau navrant qu'ils faisaient de l'église en danger de la part des hérétiques qui avaient, disaient-ils, soif du sang des catholiques. Ils attaquaient le roi , l'insultaient , l'outrageaient , le raillaient; le droit divin des princes n'existait plus pour ces prédicateurs démagogues.- Tous, ils enseignaient que «quand la monarchie est déréglée elle n'est pas autorité, mais brigandage2.» Ils étaient passés aux idées d'Othman, avec cette différence que le publiciste protestant voulait qu'à l'égard des princes indignes on procédât non pas violemment , mais légalement.
C'est avec un profond dégoût, mais avec le vif intérêt d'unVésale3 qui dissèque un cadavre, qu'on suit la marche de la ligue. Endormies jusqu'à ce moment, les vipères commencent à lever la tête à la chaleur des paroles des prédicateurs, bientôt elles siffleront et ne tarderont pas à mordre. Paris se dessinait admirablement au gré des ligueurs, la province ne donnait pas de moins belles espérances. A Nîmes la sainte union s'établissait par des massacres et des viols4; à Laon le publiciste Bodin la faisait