‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 119 sur 258 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

Avant même que le roi se fût prononcé, les ligueurs crièrent à la trahison et firent leurs levées de boucliers : Henri de Guise s'empara de Châlons- sur -Marne, où il convoqua la noblesse champenoise ; le duc d'Aumale souleva la Picardie ; le duc de Mayenne la Bourgogne. C'était comme une longue traînée de poudre enflammée au milieu de ce cliquetis d'armes. Le cardinal de Bourbon publia un manifeste qu'il terminait de la manière suivante :

«A ces justes causes et considérations, nous, Charles de Bourbon, premier prince du sang, cardinal de la sainte église catholique, apostolique et romaine, étant plus intéressé que tout autre à prendre sous notre sauvegarde et protection la religion catholique dans le royaume, et a pourvoir a la conservation des bons et fidèles sujets de sa Majesté et de l'État, avec l'assistance de plusieurs princes du sang, cardinaux et autres princes, pairs, prélats et officiers de la couronne, gouverneurs de provinces, villes, seigneurs distingués et gentilshommes de plusieurs communautés, et d'un grand nombre de bons et fidèles sujets qui font la meilleure et plus saine partie de ce royaume; après avoir pesé mûrement les motifs de cette entreprise, et pris l'avis de tant de nos vrais amis très-bien affectionnés au repos et à l'avantage de la France, que de personnes éclairées et. craignant Dieu, qu'en tout ceci nous ne voudrions pas offenser le plus légèrement, déclarons, que nous avons tous promis et juré solennellement de prendre les armes et de prêter main-forte, afin que la sainte église de Dieu soit rétablie dans son ancien lustre, et dans la profession de la religion catholique, qui est la seule véritable religion; que la noblesse jouisse pleinement des privilèges qui lui sont dus; que le peuple soit soulagé, les nouvelles impositions abolies; les subsides créés depuis Charles IX (que Dieu absolve) supprimés; que les parlements soient entièrement rétablis dans la souveraineté de leurs jugements, sans qu'on gène leur consciences ; que tous les sujets du royaume soient maintenus dans leurs gouvernements, charges ou offices, sans qu'ils en puissent être privés , si ce n'est dans les trois

cas portés par les anciennes lois du royaume et par arrêts des juges ordinaires des parlements ; que tous les deniers qu'on lèvera sur le peuple soient employés à la défense de l'État et à l'effet auquel ils sont destinés, et que Ton tienne de trois en trois ans au plus tard une assemblée des Etats généraux, libre, sans brigue, avec pleine liberté à chacun d'y porter ses plaintes sur les griefs, auxquels il n'aura pas été suffisamment pourvu. » 1

Le cardinal n'était qu'un mannequin dont les ligueurs se servaient. «C'est un chameau, disaient-ils ironiquement, qui vient plier les genoux pour recevoir le fardeau.» Cette fois il faisait, avec son manifeste, l'office de l'âne de la fable, chargé avec sa grande voix de faire peur aux autres animaux. Il remplit admirablement son rôle; car le roi et les protestants furent effrayés en voyant tant de villes se prononcer en faveur de la ligue.

La position de Henri III s'aggravait de ses propres faiblesses ; il n'avait autour de lui que quelques politiques , serviteurs excellents aux jours de paix, soutiens impuissants aux jours des révolutions. Son embarras était extrême : il ne pouvait se confier ni aux huguenots, ni aux ligueurs, ni attendre la délivrance de son entourage. Dans sa perplexité il fit un manifeste dans lequel il se justifia plus qu'il n'accusa ceux qui avaient pris les armes contre lui2. Il crut servir sa cause; il ne fit que révéler sa faiblesse.

Des combats eurent lieu entre les ligueurs et les troupes royales. Celles-ci , sous la direction du duc de Montpensier et" d'Épernon, remportèrent quelques légers avantages; mais le duc de Guise s'approchait de Paris avec douze mille hommes; le danger était imminent.

Henri III fit ce qu'il faisait aux Jieures de ses embarras : il négocia et chargea sa mère d'être le représentant de ses intérêts. Catherine se rendit à Épernay, où elle trouva Guise et le cardinal de Bourbon ; son escadron volant l'ac-

1. Davila, liv. VII. — De Thou, liv. XXXI. — Mémoires de la ligue, t. Ier, p. 56. — Mémoires de Nevers, t. Ier, p. 641.

Page 1