LIVRE XVII
îompagnai! ; elle le regardait toujours comme le complément indispensable de sa diplomatie. Les conférences Couvrirent ; les demandes de Guise étaient exorbitantes , elles équivalaient presqu'à l'abdication du roi; le sujet parlait en maître. Catherine dévora les affronts et, cachant, sous un calme apparent, les bouillonnements de son cœur, 3lle parut tout accepter. Son but était de gagner du temps ifin que son fils se fortifiât dans Paris qui serait tombé mtre les mains de Guise, s'il eût marché sur la capitale. Qn événement la servit. Guise fut obligé de quitter brusquement Épernay pour aller à la frontière recevoir les Suisses []ui venaient servir sous ses drapeaux. Elle profita habilenent de son absence pour agir sur l'esprit du cardinal de Bourbon. Le bonhomme, c'est ainsi que les ligueurs "appelaient, fut ébranlé; elle lui fit verser des larmes sur e sort du roi. Le cardinai de Guise, qui devina les menées pe la reine , écrivit à son frère qui arriva au moment où in paix allait être signée. Catherine offrait aux ligueurs tant l'avantages qu'elle semblait leur livrer le royaume.
Avant que la reine eût commencé à négocier avec les ligueurs, Henri III s'était efforcé de se rapprocher du roi le Navarre. Il lui avait reproché son obstination à vouloir [iemeurer dans une religion qui, en l'éloignant du trône, entretenait dans le royaume' de funestes divisions qui i compromettaient sa sûreté. Il l'avait engagé à unir ses hfforts aux siens pour tenir tête à leurs ennemis communs. Vlais dès que les conférences d'Épernay eurent commencé, il cessa de lui écrire; car tout exorbitantes que ussent les demandes de Guise, son repos lui était plus ;her que son honneur de souverain.
Le roi de Navarre qui ressentait plus vivement que Iftemti III l'humiliation qu'on préparait à l'autorité royale, >e plaignit du silence de son beau-frère et fit tous ses ef- :brts pour le retirer de l'abîme dans lequel il était tombé. Tétait trop tard : la paix se signait à Nemours le 18 juillet 1585.
XXIÏ.
Le roi accordait aux ligueurs les villes de Chàlons, 5aiot-Dizier et Reims en Champagne , Toul et Verdun au
pays Messin, Soissons en l'Ile-de-France, Dijon et Heaume en Bourgogne, Rue en Picardie, Dinan et Goureaneau en Bretagne; de plus, on accorda aux cardinaux de Bourbon et de Guise, aux ducs de Mercœur, de Guise, de Mayenne, d'Aumale et d'Elbeuf, chacun une compagnie d'arquebusiers à cheval pour leur garde, cent mille écus pour bâtir une citadelle à Verdun, deux cent mille pour la paie des soldats allemands qu'ils avaient fait venir, et une décharge de cent dix mille écus qu'ils avaient pris aux recettes générales.
Dans l'édit, le roi défendait l'exercice de la religion prétendue réformée, sous peine de confiscation de biens et de corps ; ordonnait à tous les ministres de sortir du royaume un mois après la publication de l'édit, et à tous ses sujets protestants de changer de religion dans le délai de six mois, sinon de sortir du royaume avec la permission toutefois de vendre leurs biens , meubles et immeubles ; les déclarait incapables de remplir aucunes charges, offices ou dignités, révoquait les chambres mi-parties qui avaient été établies en leur faveur, et leur ôtait leurs places de sûreté. 1
Cet édit était digne de figurer à côté des plus mauvais du règne de Henri II. La France reculait tout à coup de vingt-cinq ans en arrière; les ligueurs triomphaient et frappaient leurs ennemis par leur édit qu'ils appelaient l'édit de réunion, et qui eût été mieux appelé l'édit de combustion; ils ne se contentèrent pas d'avoir imposé au roi ce honteux traité, ils le forcèrent à le présenter lui-même au parlement qui l'enregistra dans une audience solennelle où les conseillers parurent en robes rouges; le peuple qui, dit Mezerai , ne connaît et ne voit le mal que quand il le sent2, battit des deux mains, poussa de joyeux hourras et fit retentir les airs du cri mille fois répété vive le roi3, qu'il ne faisait plus entendre depuis longtemps. Ces cris, si doux aux oreilles d'un prince aimé de ses sujets, ne furent pour Henri III qu'une insulte à sa dignité et une
1. Mémoires de Nevers, t. Ier, p. 686. — Davila. — De Thou, Mémoires de la ligue.
2. Mezerai, Histoire de Henri III, t. II, p. 286. â. Mémoires de Nevers, t. Ier, p. 686.