‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 12 sur 258 · LIVRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE XIV

si'n de Saint-Germnin-l'Auxerrois, paralysaient les conseils du brave Lanoue, qui, en revenant d'une sortie où il s'était distingué parmi les plus intrépides, avait toujours à la bouche ce refrain : « Acceptez les propositions du roi. » Chez lui le soldat ne faisait jamais oublier le négociateur, ni le négociateur le soldat ; plus d'une fois il eut à souffrir des emportements des ministres; l'un d'eux, c'était un vieillard, poussa l'insolence jusqu'à oser lui donner un soufflet. Le guerrier se contint et arrêta d'un signe de mépris les épées de ses officiers dirigées sur la poitrine de ce puritain exalté : « Qu'on le renvoie à sa femme , dit-il froidement, elle le guérira de sa folie.»

Lanoue remplissait trop bien sa charge de défenseur de la Rochelle et réussissait trop peu dans celle de négociateur, pour que le roi le laissât plus longtemps à la tête des assiégés : il le rappela. Bras-de-Fer obéit aux ordres de son souverain et sortit de la ville qu'il avait si vaillamment défendue 1 ; la seule chance de paix qui restait fut enlevée : c'était désormais au sort des armes à décider.

Quand le défenseur de la Rochelle se présenta pour la première fois aux portes de la ville, les exaltés d'entre les huguenots ne le comprirent pas ; quand il en sortit ils le comprirent moins encore, tant au jour des ébullitions populaires les passions nous dérobent certaines profondeurs de la conscience humaine. Homme de conciliation, Lanoue obtint cependant, au milieu d'un peuple défiant, ce qu'on n'aurait accordé à aucun autre. Parmi les hommes de guerre , il en est qui lui sont supérieurs par le génie militaire; mais nul ne l'a surpassé en bravoure et en loyauté; si plusieurs ont attaché leur nom à de glorieux champs de bataille, il a attaché le sien aux remparts de la Rochelle, où il a acquis aux yeux de la postérité une gloire qu'aucun autre guerrier n'a partagée.

Pendant que Lanoue quitte la ville qu'il a illustrée par son courage et se dirige vers le camp des assiégeants,

1. De Thou, liv. LXI. — D'Aubigné, t. Ier. — Admirault, Vie de lanoue.

pénétrons dans Sancerre qui, à la nouvelle du massacre de Paris , a fermé ses portes aux armées du roi. Après trois mois d'attaques et d'assauts infructueux, La Châtre, gouverneur du Berry , avait pris la résolution de prendre par la famine cette ville dans laquelle il n'avait pu entrer par la brèche. Quelques paysans , armés de frondes et de bâtons, avaient mis en fuite les assiégeants, détruit leurs batteries , encloué leurs canons ; à toutes les propositions de paix que La Châtre leur avait faites ils avaient répondu : « Nous ne nous rendrons pas , » et du haut de leurs murs démantelés ils criaient aux assiégeants : « Combien avezvous égorgé d'hommes à Paris , à Orléans , à Lyon ? C'est ici qu'on se bat , allez assassiner ailleurs. »

La Châtre était furieux: « Rendez- vous, leur disait-il, ou vous mourrez tous de faim.»

«Nous tiendrons bon, répondaient- ils fièrement; car nous avons résolu mourir de faim l'un après l'autre et tenir bon jusqu'à une douzaine plutôt que de nous rendre. »

«Le roi a juré qu'il ferait que vous vous mangeriez les uns les autres. »

((Eh bien, soit, répondaient les Sancerrois; mais vous, allez assassiner ailleurs.» L'orgueil blessé d'un côté, le mépris et la rage de l'autre, réduisirent la ville à la plus épouvantable des extrémités; son commandant Joanncau, celui qui l'avait si bien défendue en 1509, manqua de prudence. Dans la pensée que les troupes du roi ne pourraient assiéger tant de villes à la fois , il avait fermé les portes de Sancerre sans avoir les provisions nécessaires pour un long siège. Ce fut cette faute impardonnable qui eut d'épouvantables conséquences; car, à dater du mois d'avril, les vivres commencèrent à mnnquer; mais avant de retracer les scènes d'horreur dont cette ville héroïque fut le théâtre, il ne sera pas sans intérêt, comme étude de mœurs, de jeter un regard sur les assiégés et sur les assiégeants pour les étudier au point de vue moral.1

Ce qui frappait chez les catholiques, c'était un esprit de licence porté jusqu'à l'excès; les amusements les plus bruyants succédaient aux combats et les combats auxamu-

1. Jean de Leiy, Hist. du siège et de la famine de Sancerre ; Lacretelle, de Thou, Davila, La Popelinière.

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