‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 126 sur 258 · I. Sully, Économies royales · texte numérisé non relu

I. Sully, Économies royales

ce <jue le moment présent permettait de lui prendre sans exciter les soupçons. Habitué à démêler le fil des intrigues des cardinaux, qui craignaient toujours de se donner un maître dans l'élection d'un nouveau pape , il attendit patiemment la mort de Grégoire XIII, quitta son palais et alla se loger dans une maison de chétive apparence, où il vivait comme un ermite et paraissait n'avoir d'autre désir que celui de son salut. Quand il sortait, c'était toujours le dos courbé; quand il parlait, les mots ne sortaient qu'avec peine de ses lèvres; dans les séances du sacré collège il parlait avec lenteur et hésitation et mettait dans ses paroles tant d'ingénuité et d'ignorante bonhomie, qu'on l'appelait «l'âne de la Marche.» A la mort de Grégoire XIII, les intrigues furent grandes dans le conclave : chaque parti avait son candidat qu'il voulait faire monter sur la chaire pontificale. Ce furent ces diverses et nombreuses ambitions qui élevèrent sur le pavois Félix Peretti. En le voyant si chétif, si cassé, ne marchant qu'avec des béquilles et comme prêt à rendre l'âme, les cardinaux en firent un pape, comme plus tard les ligueurs firent un roi du cardinal de Bourbon. Ils furent trompés dans leur attente : à peine nommé, le nouveau pontife jeta ses béquilles, posa lui-même d'une main ferme la triple couronne sur sa tête, et se tournant vers ceux qui l'avaient nommé: «Je suis pape » , leur dit-il d'une voix éclatante , et il entonna le Te Deum. Rome cette fois avait un maître qui fit, à ses premiers débuts , comprendre à l'Espagne qu'il ne serait pas un instrument docile entre ses mains.

Sixte V avait plusieurs des grandes qualités d'un souverain: comme pontife il désirait et voulait Ja destruction de l'hérésie qui rompait la grande unité de l'Eglise catholique} mais comme monarque il aimait l'ordre et ne comprenait pas que des sujets osassent se révolter contre leur prince; il n'approuvait pas la ligue , la condamnait même hautement, blâmait son prédécesseur des encouragements qu'il lui avait donnés et ne tint pas la promesse que Grégoire XIII avait faite de fournir aux ligueurs des hommes et de l'argent. La cour d'Espagne , indignée du refus dn nouveau pape , lui fit dire par son ambassadeur que s'il

Î> persistait , on le sommerait au nom de tous les cathoiques de tenir les engagements de son prédécesseur:

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