‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 127 sur 258 · LIVRE XVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII

«Faites-moi cette sommation, dit le pontife à l'ambassadeur, et je vous fais trancher la tête.» L'ambassadeur comprit et se garda bien de renouveler sa sommation auprès I du terrible pontife.

Quelles que fussent ses dispositions à l'égard de la ligue I et de l'Espagne, Sixte V était avant tout pontife , et pontife I.' dans le sens le plus absolu du mot : il ne crut pas pouvoir I se dispenser de fulminer l'arrêt que la mort avait empêché I Grégoire XIII de rendre contre le Béarnais. Le 9 septembre 1. 1585, il lança la bulle d'excommunication. Après s'être \ donné les titres d'un Dieu sur terre, l'orgueilleux pontife E ajoute : « L'autorité baillée à saint Pierre et à ses successeurs par l'infinie puissance du roi éternel surpasse tous les pouvoirs des rois et princes terriens, et étant fondée l sur la ferme pierre et n'étant jamais ébranlée par aucuns viols ou orages contraires et favorables , elle prononce des ; arrêts et jugements irrévocables. Avec toute diligence elle prend garde à faire observer les lois, et quand elle trouve aucuns contrevenants à l'ordonnance de Dieu, elle les punit de griève condition , les privant de leurs sièges , quelques grands soient-ils et les terrassant comme ministres de Satan. »

Après ce préambule, il annonce que son devoir est d'exercer son autorité contre deux enfants de colère : «Henri de Bourbon, jadis roi de Navarre , et Henri, aussi de Bourbon , jadis prince de Condé ; le premier, revautré en la bourbe, chef et défenseur des hérétiques et rebelles, a pris les armes contre son roi très-chrétien et les autres catholiques, a contraint les citoyens et habitants catholiques à force de menaces et de coups à recevoir son impiété; le second s'est rendu au lieu des séditions et guerres civiles, a usé de toutes sortes de cruautés et inhumanités, engeance détestable, dégénérant de la famille et sang de Bourbon. Prononçons et déclarons Henri , jadis roi de Navarre, et Henri, jadis prince de Condé, être hérétiques, relaps, non repentants, chefs, fauteurs, protecteurs manifestes, publics et notoires, et par ainsi coupables de lèsemajesté divine , et par ce être privés , savoir : Henri , jadis roi, de son prétendu royaume de Navarre, et l'autre Henri de Condé , eux deux et tous leurs successeurs , de tous et quelconques autres principautés, duchés, seigneu*

ries , fiefs , hommes et offices royaux ; les déclarons indignes et incapables de la terre. Et par ce même déclarons incapables et inhabiles de succéder à quelque duché , principauté , seigneurie et royaume, et spécialement au royaume de France et aux domaines annexés et dépendants d'icelui. Et en outre tous magistrats, tenant fiefs et vassaux, sujets et peuples qui leur ont juré fidélité , sachent qu'ils sont absous à jamais de tels serments , soit de fidélité , obéissance, ou autre quelconque , et interdisons à tels sujets de leur rendre obéissance aucune. 1 »

Innocent III n'aurait pas procédé avec plus de vigueur et d'audace; mais, malgré tout son génie, Sixte V commit un grossier anachronisme : le moyen âge était passé sans retour. Son langage choqua Henri III, qui n'osant pas

f>rotester, déféra la bulle au parlement, où les passions igueuses n'avaient pas pénétré. « Cette bulle , dirent les conseillers au roi , ne mérite que d'être jetée au feu en présence de toute l'Église gallicane ; plutôt que de l'enregistrer, nous donnerions notre démission.» La fermeté du parlement épargna à Henri III une grande humiliation.*

Le Béarnais ne voulut pas demeurer sous le coup de l'excommunication de Sixte V. Un matin, en se réveillant, les Romains, à leur grande stupéfaction, trouvèrent sur les murs des églises et des places publiques , et jusque sur la porte du Vatican , des placards qu'une main inconnue y avait affichés pendant la nuit. C'était une réponse du Béarnais à la bulle d'excommunication lancée contre lui ; la voici :

«Henri, par la grâce de Dieu, roi de Navarre, prince souverain de Béarn, premier prince et pair de France, s'oppose à la déclaration et excommunication de Sixte V, soi-disant pape de Rome , la maintient fausse et en appelle comme d'abus en la cour des pairs de France. Et en ce qui touche le crime d'hérésie , dit et soutient que Monsieur

t. Mémoires de la ligue, t. Ier, p. 214-221. — Henri Martin, t X, 6 et 7.

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