De Thou, t. IV, liv. LXXXV, p
LITRE XVIII
ui toute l'Allemagne; mais il crut se rendre agréable aux igueurs, qui ne virent dans la rupture avec les princes illemands que la crainte qu'ils inspiraient au roi.
Dans la cour des Valois tout est contradiction : l'homogénéité de conduite qui nous frappe dans presque tous les ictes de la vie de Philippe II nous échappe ici , et quand îous en recherchons les causes, nous les trouvons dans me haine aveugle des huguenots et dans l'absence de tout principe. En effet , au moment où le roi rompait siimpoliiquement avec les princes allemands, il avait depuis quelque temps commencé des négociations avec le roi de Navarre. Celui-ci se montrait plein de défiance , surtout quand ie négociateur principal devait être Catherine de Médieis. 1 haïssait sa belle-mère et il avait pour elle cette répulsion iro fonde qu'on éprouve pour un être rusé, trompeur, nalfaisant, qu'on croit capable de tout. Il accepta cependant et se prépara à l'entrevue, qui devait avoir lieu au hàteau de Saint-Bris, près de Cognac.
Au milieu de ces luttes et de ces intrigues, un homme me nul ne surpassa en courage et qui, pendant la première guerre civile, acquit une triste célébrité, le baron Iles Adrets, se mourait dans sa maison de La Frette en Oauphiné. Celui qui sur un champ de bataille aurait dû rouver la mort qu'il avait si souvent affrontée, l'attendait hur un lit de maladie comme le commun des hommes. :0ans le dixième livre de cette histoire nous avons raconté hes sanglants exploits et sa trahison. A dater de cette j 'poque (1563), le célèbre baron demeura étranger au »arti huguenot et se retira dans son château, sans rompre ependant avec ceux qu'il avait trahis. L'ordre de Saintllichel que lui offrit Charles IX, et qu'il refusa en est la >reuve. Quand en 1567 la guerre civile se ralluma, il •ffrit ses services à la cour qui les accepta. Il montra sur es champs de bataille son intrépidité accoutumée ; mais il ' compta plus de revers que de succès; ce fut alors [u'il accepta du roi le collier de l'ordre de Saint-Michel X passa, sinon d'intention du moins officiellement, dans e parti catholique. Le châtiment du traître c'est de ne pas
avoir même la confiance de ceux auxquels profite sa trahison. Des Adrets devait en faire la dure expérience. Soupçonné d'être attaché aux protestants, il fut arrêté et transféré à Lyon à la prison de Pierrecise. La commission qui devait le juger allait prononcer son arrêt quand l'édit de Saint- Germain (15 août 1570) le rendit à la liberté. La paix qui l'avait retiré une première fois des mains des protestants le retira une seconde fois de celles des catholiques. A peine sorti de prison, le baron se présenta au roi et protesta de son innocence; Charles le reçut gracieusement et l'assura de sa bienveillance. Rentré en grâce, des Adrets que le repos tourmentait prit part, en 1771, à la guerre qui survint au sujet du marquisat de Saluées. Malgré sa vieillesse, il était plein d'ardeur, et de Thou qui le vit à cette époque nous fait de lui ce portrait : Des Adrets était alors fort vieux, mais d'une vieillesse encore forte et vigoureuse, d'un regard farouche, le nez aquilin, le visage maigre, décharné et marqué de taches de couleur de sang noir, tel que l'on nous dépeint Sylla; du reste, il avait l'air d'un véritable homme de guerre.1
Après la Saint-Barthélemy, le baron demanda et obtint son rappel; il reprit encore une fois les armes, puis accablé, de vieillesse et de dégoûts, il mourut dans le giron de l'Église catholique, et fut enseveli dans l'église de sa paroisse.
Ainsi se termina la vie de des Adrets qui , dans sa vie orageuse, montra qu'il n'y a de gloire vraiment durable que celle qui a pour piédestal la justice et l'amour de l'humanité. Après trois siècles, son nom pèse comme un remords sur le parti qui expia cruellement les victoires qu'il lui fit gagner. Si des Adrets eût eu l'âme de Dandelot ou de La Noue, son nom serait l'une des grandes gloires du parti protestant; car de tous les chefs huguenots, nul ne posséda à un degré plus éminent les qualités de l'homme de guerre. Malheureusement pour lui, il eut à les déployer dans des temps difficiles, où son erreur fut de croire que la cruauté était le vrai moyen de terminer la guerre, parce qu'il était le plus court. Cela peut paraître vrai, mais si des Adrets, au lieu de rendre aux catholiques
t. Haag, France protestante, lettre B, p. 119,