‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 138 sur 258 · LIVRE XVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII

est toujours agréable, toujours enjoué et toujours passionné, à ce qu'il m'a cent fois juré, pour la paix et pour le service de Votre Majesté. Il n'y a sorte de belles paroles et de marques d'estime pour moi qu'il n'ait bien voulu employer. Mais il m'a dit que je serais responsable des malheureux événements qui accompagnent les guerres civiles , si je ne contribuais de tout ce qui était en ma puissance pour parvenir à une paix, dans laquelle les misérables huguenots pussent vivre en sûreté de conscience , sous l'autorité de Votre Majesté , et par laquelle les traîtres et perfides ligueurs reçussent le châtiment que leur félonie devait attendre de Dieu et des hommes. Je lui ai répondu en peu de mots que le sort de la France était, après Dieu, remis en son arbitrage; qu'il ne lui restait qu'une chose à faire pour étouffer la ligue, pour lever tout le prétexte de la guerre civile, et pour rétablir l'autorité de Votre Majesté. «Hé! que faut-il que je fasse? me répondit-il avec un visage fort couvert.» «Il faut, Sire, lui répondis-je , que vous vous fassiez catholique. Tous .êtes de la race de saint Louis, soyez de sa religion, croyez ce qu'il a cru.» Le roi de Navarre ne me répondit pas avec l'aigreur que j'attendais du changement de son visage. Il me dit seulement qu'il y avait trop de points et de trop grande conséquence dans ce que je lui avais dit, pour y répondre sur-le-champ ; qu'il ne demandait rien avec tant d'ardeur que de mourir l'épée à la main contre les Espagnols et les ligueurs, qui étaient les seuls irréconciliables ennemis de la France. «Mais enfin, Sire, lui dis -je, vous n'êtes le chef des huguenots qu'en apparence; votre autorité est dépendante du conseil de La Rochelle, et vous ne sauriez lever un denier que par ses ordres. » Il me répondit agréablement sur cet article et me dit : «Ne parlons point de mon pouvoir; il est tel que je veux qu'il soit. Parlons de faire la paix.» Je lui répondis que je souhaitais la paix encore plus que lui, mais afin qu'elle fût durable, il ne fallait pas qu'elle fût ni honteuse à Votre Majesté, ni préjudiciable à la religion. Pour vous parler nettement, ajoutai-je, je ne servirais jamais de roi s'il n'est bon catholique.

«Le roi de Navarre me dit qu'il ne condamnait pas mon intention; que votre santé et votre âge devaient faire

espérer aux gens de bien que Dieu enfin exaucerait leurs prières et vous donnerait des enfants; que pour lui il ne pensait qu'à la paix et à la conservation de ceux qui s'étaient jetés entre ses bras. Voilà comme notre conférence finit, Sire. J'en ai recueilli deux choses : l'une que le roi de Navarre veut la paix, à quelque prix que vous la lui vouliez donner, et l'autre qu'il voudrait bien que Votre Majesté se mît à la tête de ses armées, pour ranger les ligueurs à leur devoir. Quoi qu'en disent les principaux des huguenots qui sont auprès du roi de Navarre, nous ne nous en retournerons point d'ici sans rien faire. » 1

Les pronostics du duc de Nevers ne s'accomplirent pas. Il jugea mal le roi de Navarre qui montra, à côté de beaucoup d'abandon , une grande habileté : le soldat devenait diplomate.

Catherine était partie de Paris en assurant les ligueurs qu'elle allait faire leurs propres affaires : ils ne la crurent pas. Guise, Henri III et le Béarnais se défiaient d'elle, et cependant , malgré le discrédit moral dans lequel elle était tombée , sa longue habitude des affaires et des hommes la rendaient nécessaire: elle s'imposait, comme dans certains moments des financiers reconnus voleurs, pillards, s'imposent dans le conseil des princes pour résoudre certaines difficultés et retrouver dans le domaine des chiffres une balance perdue.

La reine arriva à Saint-Bris le 14 décembre 1587 avec un brillant cortège ; ses filles d'honneur l'accompagnaient. Catherine fut gracieuse, prévenante; le roi froid, réservé. Les conférences commencèrent : la reine reprocha à son gendre sa désobéissance et le rendit responsable des malheurs présents du royaume. «Le roi, lui dit-elle, a signé le traité de Nemours , parce que c'était le seul moyen pour lui de conserver sa couronne.» — «C'est mon obéissance, répondit le Béarnais, qui est cause du mal qui m'est arrivé; c'est ma fidélité qui a rendu la ligue forte; j'ai ha-

1. Mémoires de Nevers, t. I8r, p. 767, 769. — Lettre datée de Saint-Bris le 10 décembre 1769.

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