LIVRE XVIII
plot pour reprendre la ville de Vouvans, dont les protestants s'étaient emparés pendant les négociations. Ce que la belle-mère eût certainement fait, le gendre refusa de le faire.
Ces moyens à l'Italienne de se défaire de ses ennemis répugnaient à sa nature chevaleresque. D'Aubigné dit que peut-être il s'en repentit : nous disons avec Sismondi que nous aimons à croire, au contraire, pour son honneur et celui de son parti, qu'il ne s'en repentit jamais.1
Le voyage de la reine ne porta pas les fruits qu'elle en attendait. Henri III soupirait après la paix. L'argent lui manquait pour faire la guerre ; il n'en avait pas même pour ses chiens, à l'acquisition et à l'entretien desquels il dépensait plus de cent mille écus par an, sans compter les sommes énormes que lui coûtaient ses singes et ses perroquets. Il battit donc monnaie à sa manière, et dans un lit de justice tenu le 16 juin 1586, il présenta au parlement vingt-sept édits bursaux , avec ordre de les enregistrer. Le fisc, même sous Philippe-le-Bel , n'avait pas étendu ses mains rapaces comme il le fit sous le règne de Henri HI : tout le monde était atteint, tout le monde aussi se révolta; ligueurs, politiques, chacun cria à l'injustice. Le parlement ne se montra pas docile : sa résistance accrut l'opposition, et le roi ne retira de son insatiable et folle avidité qu'un degré de plus de haine et de mépris. Tout impôt , si ce n'est celui que l'usage a sanctionné, est généralement mal reçu; mais quand ce sont des gouvernements faibles et prévaricateurs qui les imposent, ils deviennent pour eux une nouvelle source de faiblesse, parce qu'ils enfantent de nouvelles causes de résistance.*
Henri III s'était annihilé lui-même : la ligue avait définitivement j)ris un corps, et ce corps avait vie et force. C'était un Etat dans l'État.
1. Sismondi, Histoire des Français, t. XX, p. 238-239. — D'Aubigné, t. III, liv. Ier, cliap. 6, p. 2*3.