‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 147 sur 258 · LIVRE XVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII

gnation : eîle ne dura pas longtemps. Le premier avait en perspective la succession d'Elisabeth; le second, après le premier moment de colère, comprit que la maison de Guise était fortement atteinte par la mort de la reine d'Ecosse : il se consola vite. Il ne voulut pas cependant ne pas donner à son infortunée belle-sœur une marque publique de ses regrets : il lui fit faire de splendides funérailles auxquelles il invita le parlement, l'Université et la Sorbonne, qui y assistèrent en grand deuil. L'archevêque de Bourges, Renaud de Beaune, prononça à Notre-Dame l'oraison funèbre de Marie Stuart , parla beaucoup de ses vertus, de ses grâces, de sa mort héroïque et chrétienne; appela les Guises deux foudres de guerre et ne dit mot du roi. Le discours du prélat ne manqua pas d'éloquence: «Marie accusée, dit-il, accusée de quel crime? Accusée d'être catholique ! Heureux crime ! désirable accusation t Nul donc n'est innocent devant vous s'il n'est coupable devant Dieu ? Ne fabriquez plus de témoins, elle avoue ce crime, elle le publie, elle le prêche! Sus, s'écria ensuite le prélat dans un mouvement de colère contre les Anglais, sus, sus ! princes chrétiens ! Dieu vous appelait auparavant à la vengeance de cette nation qui a souillé les temples, contaminé les autels, massacré les prêtres.1»

L'orateur ne voyait que l'échafaud de Fotheringay; mais l'histoire qui, dans sa froide impartialité, fait à chaque parti sa part, a décerné la plus mauvaise, non à Elisabeth qui frappa légalement une tête royale pour sauvegarder la sienne, mais aux Allen, aux Ballard, aux Savage, aux Philippe II, aux Mendoça. Si Elisabeth nous fait pitié quand, égarée par la raison d'État, elle laisse décapiter une reine, les autres nous font horreur quand, au nom de l'intérêt de la religion, ils élèvent l'assassinat à la hauteur d'une œuvre chrétienne: le puritanisme protestant s'est montré quelquefois rigide jusqu'à la cruauté ; mais il ne s'est jamais montré lâche. Il a frappé au grand jour, jamais dans l'ombre. Nous l'avons déjà dit: Poltrot n'est qu'un accident dans son histoire, tandis que Jacques Clément est un principe dans celle des ligueurs.

1. Charles Labitte, Les prédicateurs de la ligue, chap. 1er, l %9 p. 32 et 33.

Nul plus que nous ne regrette les erreurs et les crimes de la Réforme et ne les flétrira avec plus d'énergie et de véritable douleur; mais, comme les écrivains ultramontains, nous ne sommes pas condamnés à vivre attachés à des cadavres. Il y a certitude de relèvement et de pardon pour les partis qui déplorent leurs fautes : il n'y en a pas pour ceux qui sont fatalement condamnés par leurs principes à ne rien renier de leur passé. Les mauvaises maximes sont plus dangereuses que les mauvaises actions.

Avec la tête de la reine d'Écosse tombèrent toutes les espérances des Guises. L'Angleterre leur échappa. Une nouvelle tentative d'assassinat sur Elisabeth eût été inutile; les conspirations cessèrent, et après tant de persécutions, d'échecs, de meurtres, de luttes, le protestantisme était debout avec Elisabeth. Les réformés français reprirent courage; secondés par la reine d'Angleterre, ils réclamèrent énergiquement l'appui des princes allemands. Des divisions survenues d'une manière intempestive entre les calvinistes et les luthériens faillirent faire tous échouer.

Théodore de Bèze, que les Églises avaient député auprès d'eux, parvint, non sans peine, à leur faire considérer, malgré quelques différences dogmatiques, les protestants français comme des frères dignes de toutes leurs sympathies. Grâce à son énergie , il fut décidé qu'on lèverait une armée pour venir au secours des huguenots.1

Henri III était dans une grande anxiété ; débordé par la ligue, il crut faire un acte agréable au peuple de Paris en renouvelant , le 1er janvier 4587 , à une procession des chevaliers du Saint-Esprit, le serment d'extirper l'hérésie de son royaume a. Toutefois il ne le fit pas sans arrièrepensées; dans ses perplexités il cherchait auprès de sa mère et de son entourage des appuis, et à sa grande douleur , il reconnaissait qu'il ne pouvait s'appuyer sur personne. Sa seule espérance était l'imprévu, la ressource df tous les gouvernements imprévoyants. Il avait donc recours.

i. Smedley, t. II, chap. 15, p. 210.

J. Davila, liv.VIII,p. 443-445.

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