LIVRE XVIII
tantôt aux Guises, tantôt au roi de Navarre et ne retirait de tous ses efforts qu'un sentiment plus amer de son impuissance. Les hommes qui l'entouraient l'effrayaient : Epernon par son esprit aventureux et entreprenant ; Joyeuse par son penchant décidé pour les ligueurs; Nevers par son juste milieu qui le faisait incliner tantôt vers les politiques, tantôt vers les Guises. La situation devenait de jour en jour plus tendue; une grande armée allemande , soutenue par l'argent d'Elisabeth , se formait sur le Rhin et se préparait, aux premiers jours de printemps à faire sa jonction avec le roi de Navarre. Il était temps pour lui de laisser ses perroquets, ses singes, ses chiens et son bilboquet. Ce qu'il n'eût pas fait par honneur, il fallut le faire par nécessité. Il envoya Miron, son médecin, à Guise pour lui proposer de mettre à sa disposition le plus de troupes qu'il pourrait pour arrêter les Allemands à la frontière.
Guise accepta et déploya une grande activité pour former une armée capable d'entrer avec avantage en campagne ; mais le roi, à dessein, ne tint pas ses promesses et ne lui donna ni assez de soldats, ni assez d'argent, comptant que soit qu'il fût vaincu ou victorieux, il serait nécessairement affaibli. Pendant que le prince lorrain se plaignait , le roi n'épargnait rien pour l'armée qui devait attaquer le roi de Navarre.
Le commandement de cette armée fut confiée à son mignon , Joyeuse , qui ne put joindre le Béarnais dans le Poitou d'où ce dernier s'était retiré, laissant cette province au commandement de des Bories et de Charbonnières qui avaient chacun sous leurs ordres un régiment. Attaqués par Joyeuse, les deux chefs huguenots virent leurs troupes taillées en pièces à la Motte-Saint-Éloi. Le général catholique n'accorda , malgré les instances de ses soldats , aucun quartier aux vaincus. 11 livra le bourg au pillage, fit couper la gorge aux prisonniers pour les empêcher de sa plaindre; le ministre fut pendu.'