LIVRE XIX
«Nous jurons et promettons, disaient-ils, sur les saints Évangiles, au nom du grand Dieu vivant , que sans nous départir de la due et légitime obéissance que nous devons au roi, tant qu'il se montrera catholique et qu'il n'apparaîtra favorisant les hérétiques, nous employer dorénavant franchement et volontairement , tant de nos vies que de nos biens, pour conserver la religion catholique, apostolique et romaine, que tant d'ennemis veulent détruire, et pour conserver cette monarchie française , qu'elle ne tombe en la domination de Henri de Bourbon, prince de Navarre, hérétique et relaps..., et pour cet effet, sous la guide et la conduite de notre bon Dieu, et par l'inspiration du Saint-Esprit, nous nous sommes aujourd'hui associés les uns avec les autres , par les mains des députés ci-assemblés, mais avec une promesse et protestation mutuelle de ne nous abandonner jamais. Désirons et voulons sur toutes choses défendre la religion catholique que l'on veut ôter et ruiner pour y établir l'hérésie et la domination de l'hérétique, et sur ce seul sujet, nous avons fait et faisons la présente association. C'est pourquoi nous supplions messieurs les ecclésiastiques, qui ont le premier intérêt en cette cause, se joindre d'une bonne volonté avec nous, nous aidant de leurs bonnes prières et moyens; et de notre part, nous leur promettons par serment devant Dieu que nous n'abandonnerons jamais la cause de Dieu et de son Église, et ne poserons jamais les armes jusqu'à ce que, par une assemblée générale des États de ce royaume catholique, nous n'ayons remis l'état de l'Église en ses saintes et anciennes institutions, privilèges, honneurs, libertés. Nous supplions pareillement messieurs de la noblesse catholique se ressouvenir de ce à quoi la gloire de leurs ancêtres les convie , et se joindre et associer avec nous, afin que, comme ils sont élevés d'un degré plus haut, ils nous montrent aussi le chemin et nous servent de guides, chefs et conducteurs pour conserver la religion catholique, etc. Et en ce faisant, nous leur promettons tîe ne les abandonner jamais, ainsi nous joindre avec eux et y employer nos vies et nos biens pour l'effet de cette présente association que nous continuerons par la grâce de Dieu, jusqu'à ce que, par une assemblée générale des États catholiques, que le roi sera supplié faire assembler
le plus tôt que faire se pourra, on ait pourvu à ce que le digne corps de noblesse, appui principal de ce royaume après Dieu , soit mis et rétabli en son ancienne splendeur et maintenu en ses libertés, honneurs, prérogatives; à condition aussi que messieurs les ecclésiastiques et nobles nous promettent pareillement de ne nous abandonner jusques à ce que, par lesdits États,. on ait pourvu à ce que la justice soit affermie et répurgée, spécialement les cours souveraines ; et aussi jusques à ce que l'on ait assuré et rétabli les corps et communautés des bonnes villes en leurs ancien? privilèges, libertés, honneurs et franchises; semblablement que Ton ait pourvu aux intolérables misères desquelles le pauvre et commun peuple nourricier de tous les autres états est aujourd'hui de mille façons barbarement opprimé, le tout sans nous déporter de la due obéissance que nous devons au roi.»
«Le grand Dieu du ciel, qui a seul toute puissance sur les empires du monde et qui est scrutateur des cœurs, bénisse notre sainte intention et la fasse prospérer à son honneur et gloire éternellement.» 1
Les Seize demandaient dans leur manifeste aux villes liguées de prendre l'engagement de lever une armée de vingt mille fantassins et de quatre mille cavaliers. Si le roi, disaient-ils , veut avoir cette armée et lui donner un chef vraiment catholique, elle agira de concert avec lui, sinon, elie demeurera sur la défensive, si ce n'est dans le cas de te mort du roi; mais alors, dans le délai de quinze jours, elle se reunira entre Paris et Orléans.
Depuis le moment où le cardinal de Bourbon «avait, comme un chameau, plié pour recevoir le fardeau», les idées démocratiques avaient fait du chemin dans l'esprit des Seize; ils acceptaient le vieux prélat, non parce qu'il était prince du sang royal, «mais parce qu'il était capable d'élection et d'une honnête préférence pour sa religion et ses vertus.» C'était aux Etats généraux qu'ils réservaient l'élection. Guise, sans doute, ne fut pas étranger à ce manifeste qui ne tenait pas compte du droit d'hérédité à la couronne dans la famille des Bourbons.»