LIVRE XIX
Au milieu de ce conflit Henri III se voyait menacé par les ligueurs, par les Allemands et par les huguenots; quoi qu'il advînt, il ne pouvait sortir qu'amoindri de l'impasse dans lequel il s'était jeté. Il lui fallait cependant combattre; il se porta à Étampes avec son corps d'armée pour couvrir Paris vers lequel les Allemands étaient attirés par l'amour du pillage. Guise, qui tenait à accroître sans cesse sa popularité, vint à marches forcées avec cinq cents chevaux et trois mille fantassins se placer entre les reitres et les faubourgs de Paris; les prédicateurs exaltèrent son courage et déclamèrent violemment contre le roi qu'ils accusèrent de connivence avec les Allemands. «Il veut, disaient-ils , leur livrer la capitale. »
Malgré l'infériorité numérique de ses troupes, Guise ne craignit pas de tenter un grand coup et de se mesurer avec une armée bien supérieure en nombre à la sienne. Le 27 octobre, il apprit que le général allemand s'était arrêté avec quelques compagnies de reïtres à Vimaury, gros bourg situé près de Montargis. Il se porta résolument à sa rencontre , et profitant de l'obscurité de la nuit , il lança quelques centaines de cavaliers intrépides sur le bourg occupé par les ennemis.
Surpris par cette attaque , le baron de Donna fit face aux assaillants : une mêlée furieuse dans laquelle on se battit corps à corps eut lieu ; on perdait et on reprenait le terrain perdu : nul ne voulait céder. Les Allemands avaient plus de bravoure qu'on n'aurait pu l'attendre de soldats dont l'amour du pillage était le grand mobile ; ils défendirent pied à pied leurs retranchements. Quand la lutte cessa, nul ne put s'attribuer la victoire; elle demeura cependant en réalité à Guise, qui s'empara de la plus grande partie des bagages de ses ennemis. Les reïtres, prodigues de Leur sang , étaient avares de leurs biens ; lorsqu'ils s'en virent privés , ils murmurèrent et ne furent apaisés que par de nouvelles promesses d'argent. Le découragement commençait à les gagner; partout ils trouvaient de la ré-
sistance, et quand, dans le courant de novembre, ils arrivèrent à Chartres, ils- étaient complètement épuisés, quoique le prince de Conti , l'un des vainqueurs de Coutras , fût venu se mettre à leur tête. Une nouvelle cause d'affaiblissement acheva de les désorganiser. 1
Seize mille Suisses se trouvaient incorporés dans l'armée allemande. Ils avaient été enrôlés dans ses rangs par le roi de Navarre avec l'autorisation de Henri III , qui y avait mis pour condition expresse qu'ils passeraient à son service dès qu'il le demanderait. Quand le roi se fut décidé à combattre lui-même l'armée allemande, les Suisses furent étonnés d'avoir pour ennemi le roi au service duquel ils croyaient s'être mis. Ils lui envoyèrent des députés, auxquels le monarque fit un accueil sévère : il leur reprocha leur déloyauté et les engagea à réparer leurs fautes en se séparant de leurs alliés. Les députés rapportèrent les paroles du monarque aux Suisses , qui en parurent émus : le peu de succès qu'ils avaient obtenus, la rareté des vivres, leur manque de confiance dans leur chef , et peut-être aussi l'espérance d'un fort salaire, firent ouvrir des négociations qui se terminèrent par un traité de paix.
Henri III , sans en venir aux mains , avait remporté une grande victoire, dont on ne lui tint pas compte. Guise seul devait en recueillir les fruits; le baron de Dohna, privé de ses Suisses , n'avait plus que des soldats démoralisés à opposer au Balafré, qui le suivait avec des troupes pleines d'ardeur et de confiance dans leur chef. La rencontre eut lieu sous les murs d'Aulneau , petite ville fortifiée , au moment où le général allemand se disposait à s'en éloigner. Le signal du départ venait à peine d'être donné , quand les troupes de Guise, qui avaient marché toute la nuit, fondirent à l'improviste sur les Allemands , qu'ils taillèrent en pièces ; plus de deux mille d'entre eux furent tués , un grand nombre fut faits prisonniers , — tout leur bagage fut pris , et le baron de Dohna ne dut son salut qu'à la vitesse de son cheval. Guise , précédé de ses prisonniers et suivi de huit cents chariots capturés , entra à Étampes au milieu des hurras enthousiastes de ses habitants, qui saluèrent en lui le défenseur de la foi catholique. Son glorieux père ,