LIVRE XIX
dans les jours les plus éclatants de sa popularité , n'avait pas été plus acclamé.
Le reste de l'armée allemande fuyait en pleine déroute ; les troupes du roi se mirent à sa poursuite : un grand nombre périt; un traité (8 décembre 1587) mit fin aux combats partiels qui se livraient tous les jours et dans lesquels ils eussent fini par périr jusqu'au dernier. Aux t ermes de ce traité, les Français qui étaient avec les Allemands eurent la permission de regagner leurs foyers à la condition de se conformer aux édits; quant aux Allemands, ils promirent de ne plus servir contre le roi. 1
Ainsi fut consommée la ruine de cette grande armée allemande qui avait jeté tant d'effroi au milieu des ligueurs, et qui eût, selon les probabilités humaines $ continué le succès de Coutras , si le roi de Navarre «n'eût jeté à l'amour les fruits de sa victoire. » — On comprend Sully, le grand admirateur de Henri IV, quand longtemps après les événements , il blâme avec tant d'amertume la conduite de son Maître.
Les Parisiens accueillirent Guise comme un Macchabée ; ils oublièrent que le roi avait, à sa manière, contribué à ta victoire en détachant de jl'armée du baron de Dohna seize mille Suisses. Ils ne parlèrent de lui que pour élever plus haut le piédestal du Balafré. « Saûl , disaient les prédicateurs, en tua mille, mais David en a tué dix mille.» Autant la réception faite à Guise fut enthousiaste , autant celle que reçut le roi fut froide : «Lorsque le roi passa par Paris, dit L'Estoile, quelque nombre de populace ramassée (et entre icelle une bonne partie de faquins auxquels on avait donné de l'argent), crièrent fort haut : Vive le roi! Ce fut le tout fait de l'exprès commandement de Sa Majesté, irritée et envieuse de l'honneur que donnait ce sot peuple au duc de Guise , auquel il attribuait la louange de tous les heureux succès de cette victoire sans faire aucune mention du roi , non plus que s'il ne l'eût pas reconnu. a
t. Mémoires de la ligue, t. II, p. 237. — Mémoires de Nevers, t. H, p. 772.