L'Estoile, année
Le roi fut trés-sensible à l'accueil calculé que lui firent
les Parisiens, et il put mesurer la profondeur du discrédit dans lequel il était tombé, quand il apprit que laSorbonne, dans sa séance du 16 décembre, avait arrêté qu'on pouvait ôter le gouvernement aux princes, qu'on ne trouvait pas tels qu'il le fallait, comme l'administration aux tuteurs qu'on avait pour suspects ; il sentit toute la portée de ce décret, qui donnait des armes à ceux qui voudraient former des entreprises contre son autorité. Il manda au Louvre (30 décembre) la cour du parlement et la faculté de théologie 1 : «Vous êtes , leur dit-il en laissant tomber sur eux ses regards irrités, notoirement malheureux et damnés; vous avez calomnié votre roi légitime, ce qui est défendu par l'Écriture. Je sais votre belle résolution, à laquelle je n'ai point eu égard, parce qu'elle a été faite après déjeûner par trente ou quarante maîtres ès-arts crottés qui, après grâces , traitent des sceptres et des couronnes. Sixte Y envoya aux galères des religieux de Saint-François qui avaient médit de lui; je pourrais faire comme le pape, mais je vous pardonne à la charge de n'y retourner pas. »
Puis, se tournant vers le prédicateur Boucher, qui l'avait insulté du haut de sa chaire : « Yous êtes , lui dit-il , de tous ceux-là le plus méchant. ■ »
Là se bornèrent tous les effets de la colère de Henri III; quand il aurait fallu frapper fort et vite , il ne fit que parler. Les docteurs , en se retirant, se sentirent plus forts et continuèrent leur opposition dans des pamphlets pleins de fiel et d'aigreur.
La duchesse de Montpensier , sœur de Henri de Guise , qui avait embrassé avec ardeur le parti de la ligue , était devenue la patronne des prédicateurs qui avaient fait chacun de leurs chaires une tribune et de leur église un club. Cette femme, ambitieuse comme tous les membres de sa famille, possédait une audace que n'avaient pas ses frères. Elle haïssait mortellement Henri III, qui l'avait persiflée,
1. Félibien, Hist. de Paris, t. II, p. 1165. — Hist. eccésiast. de Fleury, in-4°, t. XXXVI, p. 130.