‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 163 sur 258 · LIVRE XIX · texte numérisé non relu

LIVRE XIX

des quatre mille Suisses, il écrivit aux Seize qu'il viendrait lui-même à Paris, afin de protéger ses bons habitants contre les vexations dont ils pourraient être les objets. Dès que le roi connut la nouvelle de son arrivée, il dépêcha Pomponne de Bellièvre à Soissons pour ordonner au prince de s'abstenir de venir à Paris, où sa présonce ne pourrait être qu'une cause de troubles. Celui-ci reçut le messager du roi et, tout en protestant de son profond respect pour les ordres de son souverain, il se disposa à les transgresser. Le lundi 9 mai il entra à Paris; il n'avait avec lui que quelques cavaliers; mais son petit cortège, en avançant • dans le centre de la ville , grossit comme une boule de neige. A peine arrivé au milieu de la cité, une foule enthousiaste l'entoura et le salua de ses cris. « L'un , dit Davila, l'embrassait, l'autre le remerciait, un autre se courbait devant lui; on baisait les plis de ses vêtements, et ceux qui ne pouvaient l'atteindre s'efforçaient du moins , en élevant les mains et par tous les mouvements de leurs corps, de témoigner leur reconnaissance. On en vit plusieurs qui, l'adorant comme un saint, le touchaient de leurs chapelets , qu'ils portaient ensuite à leur bouche ou à leurs yeux; de toutes les fenêtres les femmes répandaient des fleurs et bénissaient son arrivée; l'une d'elles, la demoiselle de Vitry, abaissant son masque, lui cria: «Bon prince, puisquetu esici, nous sommes tous sauvés. 1 » C'était de l'adoration.

Le duc saluait gracieusement la foule qui l'accompagna jusqu'à l'hôtel de la reine mère. En le voyant, Catherine pâlit et demeura interdite. Elle se remit bientôt : «Je vous vois, dit-elle, toujours avec plaisir; mais dans une autre occasion je vous aurais vu plus volontiers. 5>

« — Madame, lui répondit le prince en affectant un grand air d'humilité , je suis un bon serviteur du roi. Calomnié , je viens me justifier auprès de lui. Ma vie est toute consacrée au bien de la sainte Eglise et au salut de tous. »

Pendant que le Balafré saluait les dames de la cour, la reine ordonna à un gentilhomme italien, DavhV, d'aller

1. Davila, liv. IX, p. 484. — D'Aubigné, liv. Ier, chap. 19, p. 7t.

— L'Estoile , aimée 1 588.

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