‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 164 sur 258 · L'historien · texte numérisé non relu

L'historien

avertir le roi que Guise était arrivé et que bientôt elle ie conduirait elle-même au Louvre.

La surprise de Henri III fut extrême: il avait défendu au duc de venir à Paris. Ce mépris de ses ordres le lui rendit plus odieux encore ; il ordonna à Davila de dire en secret à sa mère de le lui amener le plus tard possible.

Le roi avait dans ce moment auprès de lui des hommes de conseil et d'exécution : le colonel des Corses Alfonse depuis maréchal d'Ornano et l'abbé Del Bene. Le colonel lui dit : « Si Guise vient dans ce cabinet , il faut le tuer. » L'abbé ajouta : « Percutiam pastorem et dispergentur oves.H Henri III trouva le conseil excellent; mais Villequier, Bellièvre et le grand-chancelier, qui entrèrent après le départ de Davila, furent d'avis contraire. Témoins de l'ovation que les Parisiens avaient faite au prince, ils pensaient non sans raison que le berger tué , les brebis pourraient bien devenir des lions. Henri III cependant hésitait : sa mère entra, conduisant Guise, qu'une foule ivre de joie avait accompagné jusqu'aux portes du Louvre. Le Balafré fit une profonde révérence au roi : « Pourquoi, lui dit celuici d'un air courroucé, êtes-vous venu ici? Je vous l'avais défendu.» — «Je suis venu, répondit-il, pour me disculper. Si j'avais eu un ordre de Votre Majesté qui me l'eût défendu je ne serais pas venu. Le roi se tourna vers Beiîièvre: «N'étiez-vous pas chargé de le lui dire?» Bellièvre voulut s'expliquer; Henri III lui dit: «Assez.» Il dit quelques mots au duc et lui tourna le dos. Catherine , qui étudiait son fds , lut dans ses yeux qu'il méditait un coup fourré. Elle s'approcha de lui : «Mon fds, lui dit-elle, le moment des mesures violentes n'est pas opportun. » Elle lui parla alors de l'enthousiasme du peuple. La duchesse d'Uzès vint en aide à la vieille reine , répétant les mêmes choses. Henri hésita: Guise, qui suivait d'un œil attentif et inquiet ce qui se passait autour de lui , eut un vif instinct du danger qui le menaçait; il prétexta les fatigues du voyage, prit respectueusement congé du roi et ne se crut hors de ses atteintes que lorsqu'il fut au milieu du peuple; son audace l'avait grandi encore à ses yeux, lui déjà si grand2. Il était sauvé, mais il n'était pas rassuré : craignant

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