‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 168 sur 258 · LIVRE XIX · texte numérisé non relu

LIVRE XIX

Quelques jours après une amputation du parlement se, rendit à Chartres pour assurer le roi de ses hommages et de sa fidélité. Henri lîl accueillit les députés avec bienveillance, leur parla avec une grande ouverture de cœur, et leur dit qu'il leur ferait connaître ses royales intentions par la reine sa mère , sur ce il les congédia ; mais enhardi par la manière respectueuse avec laquelle la députation s'était présentée devant lui, il la rappela, jugeant l'occasion favorable de faire parvenir par son moyen des paroles de menaces aux Parisiens. «Je veux, leur dit-il, qu'ils (les Parisiens) me reconnaissent comme leur roi et leur maître, et s'ils ne le font et me tiennent en langueur, fermant ma main sur toutes choses comme je puis, je leur ferai sentir leur offense, de laquelle à perpétuité leur demeurera la marque ; car, étant la première et principale ville , honorée de la première et suprême cour de mon royaume, je puis, comme vous savez , révoquer ma cour de parlement , chambre des comptes , des aides et autres cours et universités, ce qui leur tournerait à grande ruine, car cela cessant, les trafics et autres commodités en amoindriraient, voire cesseraient du tout, comme on a vu qu'il était advenu en l'année 1580. — Je sais qu'il y a beaucoup de gens de bien en ma ville de Paris , et des quatre parts les trois sont de ce nombre; que tous sont bien marris du mal qui est arrivé ; qu'ils fassent donc que je sois content , qu'ils ne me contraignent pas d'user de ce que je puis et que je ferais à grand regret. Vous savez que la patience irritée tourne en fureur et combien peut un roi offensé. J'emploierai tout mon pouvoir à ne laisser aucun moyen en arrière pour me venger; encore que je n'aie l'esprit vindicatif; mais je veux que l'on sache que j'ai du cœur et du courage autant qu'aucun de mes prédécesseurs. Je n'ai point encore, depuis que je suis appelé au trône, usé de rigueur et de sévérité avec personne. Vous le savez et en pouvez fort bien témoigner; aussi ne veux-je que l'on abuse de ma clémence et douceur. Je ne suis usurpateur, je suis légitime par succession , comme vous savez , et d'une race qui a toujours doucement commandé. C'est un

conte de parler de religion , il faut prendre un autre chemin. Il n'y a au monde prince plus catholique ni qui désire tant l'extirpation de l'hérésie que moi ; mes actions et ma vie l'ont assez témoigné à mon peuple. Je voudrais bien qu'il m'eût coûté un bras et que le dernier hérétique fut ,en peinture en cette chambre. .

' Retournez faire vos charges et ayez toujours bon courage; vous ne devez rien craindre, m'ayant pour vous. Je veux que vous fassiez bien entendre ce que je vous dis. » • Les parlementaires se retirèrent et rapportèrent aux Parisiens les paroles du roi. Quelques jours auparavant elles auraient produit un grand effet ; elles en produisirent un tout contraire à celui qu'en attendait Henri III. Les ligueurs se mirent activement sur la défensive , armèrent la garde bourgeoise , et , par des élections habilement travaillées , remplacèrent ceux de ses colonels et de ses capitaines qui lui parurent suspects. Les hommes de robe et de haute bourgeoisie durent céder leur place à des hommes nouveaux , tous dévoués de cœur à la ligue. Les parlementaires furent vivement affectés de ce résultat, qui blessa leur orgueil et leur fit craindre que la paix avec le roi ne devînt impossible. L'Estoile ne cacha pas sa mauvaise humeur : «Ces nouveaux élus, disait -il ironiquement, ne sont qu'un las de faquins ligueux.» Mais ces faquins étaient les maîtres, et les parlementaires se sentaient impuissants devant ce peuple qui confondait dans la même haine Henri III et les huguenots.

Dans ces jours-là , les Seize donnèrent à Paris la joie d'une double exécution. Les condamnées étaient les deux filles du conseiller Jacques Foucault : elles étaient jeunes et dans tout l'éclat de la beauté. Leur crime, c'était leur hérésie; le parlement, on doit le dire à sa louange, résista longtemps au peuple, qui demandait avec instance leur mort. Il céda enfin, et un double bûcher se dressa en place de Grève. A l'agitation bruyante de la capitale, on eût dit que le clergé romain était revenu aux plus mauvais jours

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