LIVRE XIX
quelle il avait prodigué les trésors inépuisables de son génie. Pas une seule plainte ne sortit de ses lèvres, trop heureux d'attendre de Dieu seul sa délivrance, et de faire l'expérience que le ciel, pour le chrétien , s'embellit de toutes les misères de la terre. Palissy attendit, sans là voir arriver, une mort de martyr qui eût couronné dignement une si noble vie. Cette gloire lui fut refusée ; mais 11 jn'en fut pas moins un grand martyr, pour la gloire de ia jRéforme et la honte éternelle de Rome. Il mourut, comme Galilée, «de misères, de nécessités, de mauvais traitements. »
Son corps n'eut pas même la sépulture du pauvre. On le jeta, comme celui d'une bête morte, dans les fossés des remparts de la ville. Revenons aux ligueurs. •
Le mouvement de Paris eut une grande influence dans la plupart des provinces. Il fut moins fort peut-être de sa propre force que de la faiblesse du roi , qui voyait le vide se faire autour de lui, et manquait d'une bonne et fidèle armée pour appuyer ses menaces auprès des Parisiens. Dans ce moment/ le malheureux monarque crut conjurer l'orage en sacrifiant d'Épernon, auquel il retira le gouvernement de Normandie1. Privé du seul homme qui pût faire tête à ses ennemis, il crut obtenir de meilleures conditions de ses sujets révoltés. De nouvelles conférences s'ouvrirent au Louvre. Du côté du roi étaient sa mère, Villeroi et Miron, son médecin; du côté des ligueurs, !# cardinal de Bourbon, le duc de Guise et les principaux chefs de la ligue. Le moment pour traiter était tout à" l'avantage de ces derniers. Le roi catholique lançait sur l'Angleterre une forêt de vaisseaux; à chaque moment ois pouvait apprendre que la Grande-Bretagne était tombée en son pouvoir. Catherine de Médicis, qui mieux que soi? fils jugeait de la position de la royauté, signa, le 13 juîlleî 4588, un traité de paix que le parlement de Paris enregistra le 21 du même mois. Entre autres clauses, il portait
1. Haag, France protestante. — Vie de Bernard Palissy, pa? Dumenil. — Idem, par Lasalle.