Davila, t. IX
« que le roi ferait le serment d'extirper l'hérésie protégé tante de son royaume; qu'à cette belle et bonne œuvre, il donnerait même sa vie s'il le fallait, et que tous ses sujets prêteraient le même serment. Le traité contenait, en outre, la clause que tout prince hérétique serait exclu du trône. Sans qu'il fut nommé", elle désignait le Béarnais, l'héritier présomptif de la couronne depuis la mort du duc d'Alençon1. Ce traité fut suivi d'un second qui fut d'abord tenu secret; il portait que Henri III mettrait sur pied deux armées pour exterminer les protestants; l'une d'elles aurait pour chef le duc de Guise, l'autre un général qui serait à la nomination du roi. Comme il fallait remplir les caisses vides du royaume, on décréta la vente des biens des huguenots et de ceux qui porteraient les armes contre le roi.
Ces traités étaient tous les deux à l'avantage de la ligue qui obtenait ce qu'elle voulait. Une faction faisait la loi à son souverain; et ce souverain avait la lâcheté de courber sa tête royale devant elle; il signa donc, mais presque comme toujours, avec des arrière-pensées. Henri III ne se sentit jamais lié par un serment ou par une signature. Dans les circonstances présentes, il ne cédait qu'à la nécessité; à ses yeux, il ne s'engageait pas. Ce que la force avait ourdi , la ruse se préparait à le déchirer. Il était condamné par toute sa vie entière à des roueries et à des restrictions mentales, qui p'euvent aider en apparence une cause; mais qui la font toujours sombrer sur quelque écueil.
Henri III quitta Chartres et se rendit à Rouen , où il consentit au traité; sa main, en le signant, tremblait de colère, et des larmes jaillissaient de ses yeux. Pour voiler sa honte, il fit chanter un Te Deum pour remercier Dieu de la conclusion de la paix; il se dirigea ensuite vers Chartres, ne voulant pas, quoique sa mère l'en pria, retourner à Paris qui lui était devenu odieux depuis le jour où il avait été contraint d'en sortir en fuyard.2
Le duc de Guise avait atteint son but; tout l'avait aidé dans son œuvre de révolte : le roi, Catherine, les ligueurs, les huguenots, dont deux des chefs, le duc de Bouillon et
1. Vitet, la ligue, scènes historiques, t. Ier, p. 338 et 339.
2. D'Aubigné, t. III, liv. Ie,r, chap. 25. — Mémoires de la ligue, t H, p. 368. — Recueil des États généraux, t. IV, p. 90.