‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 179 sur 258 · LIVRE XIX · texte numérisé non relu

LIVRE XIX

hommes d'une grande honorabilité , ce qui , à ses yeux , était le moyen d'empêcher les ligueurs de l'attaquer dans la personne de ses ministres qui étaient généralement haïs et décriés.1

L'ouverture des États n'eut pas lieu au jour fixé (15 septembre 1588), le roi profita de ce retard pour voir en particulier chaque député qui arrivait , et pour organiser une procession solennelle afin d'implorer sur l'assemblée la bénédiction de Dieu. Le clergé, la noblesse et le tiers- État y furent représentés. Il y avait des cardinaux, un nombre considérable d'archevêques, d'évêques, de chefs d'ordre. Le roi et sa cour suivaient à pied. Claude Sainctes, l'un des théologiens du colloque de Poissy, fit le sermon.1 La séance qui devait avoir lieu le lendemain de la procession, fut encore renvoyée, parce que les princes du sang n'étaient pas tous arrivés. On désigna à chacun des États le local où ils devaient tenir leurs séances, ils s'y rendirent et se choisirent pour président: le clergé, le cardinal de Guise, la noblesse, le comte de Brissac3, et le tiers-état, La Chapelle-Marteau, prévôt des marchands de Paris4. Ces choix étaient significatifs, les trois chefs

étaient trois ligueurs et personnifiaient l'assemblée qui

se disposait à prendre au roi, par la parole et par des votes, ce qu'on n'avait pu lui ravir complètement le jour des barricades. Guise pouvait compter sur elle. Ses partisans avaient habilement travaillé les élections, leurs émis- I saires étaient allés dans les châteaux et dans les abbayes ! prêcher une croisade contre Henri III et les huguenots; ils avaient agi comme on agit partout aux jours des luttes électorales , ce qui fait que les peuples qui se gouvernent par des représentants n'ont bien souvent qu'une repréi sentation légale ; de là aussi des révolutions qui ont fait l douter à quelques esprits sérieux de la bonté du système représentatif, qui malgré ses imperfections , est encore le meilleur de tous , et celui qui convient le mieux à la di-

1. Davila, t. IX, p. 317. — Lettres de Pasquier, t. XIII, n° 1 , p. 357.

2. Journal de Guzencourt, t. IV, p. 115. — De Thou, liv. XCII, p. 235.

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