‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 181 sur 258 · LIVRE XIX · texte numérisé non relu

LIVRE XIX

rerais moins qu'un autre leur ruine! Dessillez vos yeux et que chacun de vous juge de l'apparence qu'il y a. »

Ces paroles étaient vraies, le roi était fatalement condamné à haïr ceux qu'il avait assassinés. Chez lui, l'amour pour l'église catholique est plus fort que les liens du sang. «La juste crainte, dit-il aux députés, que vous auriez de tomber après ma mort sous la domination d'un roi hérétique, s'il arrivait que Dieu nous défortunât tant que de ne me donner lignée , n'est pas plus enracinée dans vos cœurs que dans le mien.... C'est pourquoi j'ai fait mon saint édit d'union a et je suis d'avis que nous en fassions une des lois fondamentales du royaume, et que à ce prochain jour de mardi, en,ce même lieu, et en cette notable assemblée de tous mes États, nous le jurions tous. '»

Les ligueurs n'auraient pas obtenu plus du roi catholique, et cependant Henri III ne toucha, ni ne persuada. Les orateurs qui parlèrent après lui, furent la plupart longs, lourds, ennuyeux, diffus. Nous regrettons, avec Sismondi, leur érudition indigeste et leur manie, à propos de tout, de remonter au déluge et de promener leurs auditeurs au milieu des Grecs, des Mèdes, des Babyloniens.1 À cette époque on admirait beaucoup cela — le goût dans l'art de parler n'est venu que fort tard en France, et les Grecs et les Romains que nous avons longtemps pris pour modèles, ont affaibli notre originalité et fait de nous d'habiles imitateurs.

Une nouvelle séance eut lieu le 18 octobre. Plusieurs discours y furent prononcés, le roi ne fut pas ménagé, et chose étrange ! on osa lui reprocher sa mansuétude et sa faiblesse à l'égard des huguenots. « Sire , lui dit le comte de Brissac , si vous voulez ouvrir vos sens , et déployer les dons que Dieu a mis en vous , je suis en espérance très-grande que vous sauverez le péril de ce très-éminent naufragé. Le premier moyen qu'il convient tenir, c'est qu'il faut vous adjoindre à Dieu; le second, c'est que aux guerres que vous entreprendrez, vous ayez en objet perpétuel de venger non les injures à vous faites, mais l'honneur de Dieu. Il ne faut pas dissimuler les injures faites à

1. Recueil des États généraux, t. IV, § 58, p. 43 et suiv. — Mémoires de la ligue, t. III, p. 96 et suiv.

l'honneur de Dieu , pour lesquelles seules venger, vous êtes roi. Vous pensez par là détourner le mal qui est en France et vous y courez de droit fil. Voyez - vous pas que depuis que l'hérétique n'est plus puni en France , il s'en prend à votre État? Cette maxime est toujours vraie, que, là ou le crime de lèse-majesté divine ne sera puni, là, le * crime de lèse -majesté humaine viendra à n'être plus crime Jadis vos prédécesseurs rois sont allés chasser les hérétiques et mécréants jusques en Afrique, jusques en Asie , jusque au bout du monde , et ont prospéré. Voulezvous aujourd'hui souffrir au milieu de votre royaume , à votre porte et à vos yeux, la plus pestilente hérésie qui fut jamais ? »

Le même homme qui mettait dans la main du roi un glaive pour frapper les hérétiques , dont la vie morale offrait un contraste si frappant avec celle des catholiques , justifie la Réforme par le tableau qu'il fait de l'état d'abjection dans lequel était tombé le corps ecclésiastique. « Deux grosses fautes, dit-il à Henri III, vous rendent comptables à la colère de Dieu. L'une est que les évèchés ou préfectures ecclésiastiques sont possédés par des femmes , par des hommes mariés , par des gens de guerre et même suspects d'hérésie. C'est une horreur qu'aujourd'hui le peuple est sans conduite de pasteur, ni de berger; l'autre est qu'on vend les puissances des judicatures , eî quiconque vous donne ce conseil vous trahit. » *

L'orateur disait en pleine assemblée à Blois ce que Montluc et Marillac avaient dit dans l'assemblée des notables de Fontainebleau. Balaam ne justifia pas mieux les Israélites qu'on voulait lui faire maudire , que le comte les protestants qui s'étaient séparés de Rome. La vérité est comme un rayon de soleil, elle finit toujours par glisser à travers les plus épais nuages.

Le roi aurait pu dire à Brissac : Avez-vous oublié qui je

1. Ces faits se sont accomplis en sens contraire : en France où les persécutions contre les protestants ont été plus terribles que celles des empereurs romains contre les chrétiens, c'est le clergé romain, qui a fait assassiner les rois qui ont mis leur glaive à- son service.

2. Pièces justificatives des États généraux, t. IV, § 64, p. 97 et suiv.

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