‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 182 sur 258 · LIVRE XIX · texte numérisé non relu

LIVRE XIX

suis ? N'est-ce pas moi qui ai vaincu les huguenots à Jarnac et à Moncontour ? N'est-ce pas moi qui, avec ma mère, ai poussé Charles ÏX au meurtre de l'amiral ? Ne suis-je pas l'ami des moines? ne me suis-je pas fait moine ? Lequel de vous l'emportera sur moi en zèle pour notre sainte mère l'Église romaine. C'est du sang hérétique que vous me demandez, vous en ai-jejamais refusé? qui en a versé plus que moi? Il se contenta de répondre : «Je jure devant Dieu, en bonne et saine conscience, mon édit d'union tant que Dieu me donnera vie ici-bas ; je veux et j'ordonne qu'il soit observé à jamais dans mon royaume pour loi fondamentale, vous aussi vous le jurerez comme moi présentement , tous d'une voix ; vous ecclésiastiques en mettant la main sur la poitrine, vous autres en levant la main au ciel. » '

L'assemblée se leva comme un seul homme: le clergé, la main sur la poitrine, les laïques, la main levée vers le ciel. Henri III se retira aux ers mille fois répétés de : Vive le roi !

Il semble que l'accord devait désormais régner entre l'assemblée et le chef de l'État, qui entrait si complètement dans ses vues, mais ce n'était qu'un moment d'enthousiasme, la base , c'est-à-dire l'affection et la confiance manquaient; ce qui est torrentiel ne dure guère. Le roi devait en faire l'amère expérience.

Quoique l'assemblée vit que le chef de l'État était plus ligueur qu'elle, et qu'il était disposé à immoler le dernier huguenot de son État, elle attaqua avec un grand acharnement la mauvaise administration du royaume et demanda la réduction des tailles. Elle voulait prendre le roi par famine; or, il était si pauvre que ses fournisseurs lui avaient déclaré qu'ils se voyaient dans l'impossibilité de fournir à sa table , et ses chantres , faute de gages , ne voulaient plus chanter. Il y a dans cette position du monarque une leçon pour ceux qui sont appelés à gouverner les peuples. Parce qu'ils ont cru qu'un prince doit être

1. Pièces justificatives des États de Blois, t. IV, § 65, p. 107.— Note xn.

libéral et magnifique, ils ont été trop souvent prodigues et ont conduit quelquefois leur royaume sur les écueils deshonorants de la banqueroute. Henri III mendiant pour lui êt sa maison auprès des États fait pitié, mais on sent que pour un prince qui dépensait des sommes fabuleuses pour ses mignons, ses singes et ses perroquets, la leçon n'était pas trop forte. On est donc humilié pour la dignité royale en voyant ce monarque descendu au rôle d'un débiteur affamé, mander dans son cabinet deux membres influents du tiers-État pour implorer leur assistance.» Il nous dit (le roi), nous raconte l'un d'eux, qu'il nous mandait comme ses bons serviteurs et sujets pour continuer ses plaintes et regrets qu'il avait que ses bonnes volontés n'étaient pas connues; qu'il se délibérait de vivre de toute autre façon qu'il n'avait fait du passé ; que tant s'en faut qu'il eut intention et moyen de continuer ses dons immenses , qu'il n'avait plus un sol ; que c'était une honte que dans son conseil on tirait la langue d'un pied de voir ses nécessités; que ses dépêches des plus importantes affaires demeuraient faute d'avoir cent écus pour payer les courriers; par ainsi, que parler d'une réduction à l'année 157ô, c'était le perdre, et l'État avec; qu'il avait appris que l'on disait que ses promesses n'étaient que vent et artifice, mais qu'il en ferait paraître les effets; qu'on ne crût pas le bruit semé qu'il donnait tout à deux hommes qu'il avait pris de nouveau près de lui (le sieur de Longnac, et Bellegarde, comte de Thermes), mais qu'il jurait en son âme que depuis le mois de mai, il ne leur avait donné quatre mille écus ; qu'il ne les tenait que pour s'en servir et non pour les enrichir, et qu'il se donnerait bien de garde de faire comme il avait fait du passé à d'autres1.

On pourrait peut-être avoir des circonstances atténuantes pour un roi qui se présente devant ses peuples, les mains teintes du sang de ses sujets ; on n'en peut avoir pour un roi mendiant. Le jour où Henri III tint cet indigne langage , il mit le pied sur le dernier échelon de l'abjection; pour comble d'humiliation5, Guise intercéda pour lui et pressa les députés de faire quelque chose pour

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