‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 184 sur 258 · Madame de Sauve, l'ancienne maîtresse du roi de Navarre · texte numérisé non relu

Madame de Sauve, l'ancienne maîtresse du roi de Navarre

union lui pardonnait tout, comme plus tard le clergé pardonna tout à Louis XIV. Elle n'avait pas la raideur puritaine que les ministres huguenots avaient pour leurs chefs. A ses yeux la première vertu d'un prince était un dévouement sans bornes à l'autel; cela. rachetait tout. Le duc, averti des desseins du roi, se décida cependant à quitter Blois, il fixa son départ au 22 septembre. Henri III se hâta et fit habilement ses dispositions ; les approches de Noël ne l'arrêtèrent pas : il était dévôt ; mais il était plus vindicatif encore que dévôt. Sa haine lui donna de l'audace. Il avait hâte de voir étendu à ses pieds celui qu'il appelait dans un double sentiment de terreur et de colère «le roi de Paris;» c'était lui qui, en le contraignant à quitter sa capitale comme un fuyard, s'était rendu tuable. 11 avait pris ses précautions de chrétien et de roi : il voulait tuer son ennemi sans offenser Dieu; il chercha donc à avoir des capucins pour prier au moment de l'entreprise , afin qu'elle eût une heureuse issue. On ne pouvait être plus prévoyant; il arrangea tout si bien que le Balafré vint se jeter tout doucement dans ses filets : et cependant les avertissements ne lui manquèrent pas. Dans son infatuation, il disait: «Il n'osera! » Le roi , à ses yeux, n'était qu'un grand enfant; mais ce grand enfant se sentait roi , et en cette qualité il croyait de la meilleure foi du monde avoir le droit de se faire justice lui-même : accusateur et juge , il avait condamné Guise à mort comme sujet rebelle. Qu'importait donc que son exécution se fît par le bourreau ou par ses familiers; il eût sans doute préféré tenir la tête du Lorrain de la complaisance d'un parlement; mais ne le pouvant, il lui paraissait tout naturel qu'il se fit justice lui-même ; seulement l'entreprise lui semblait périlleuse; mais acculé dans ses derniers retranchements, il pensa qu'il valait mieux coucher dans un bon et fidèle cercueil son sujet rebelle que d'attendre que ce sujet le confinât dans un cloître. Cela bien pesé et bien arrêté dans son esprit, il «ongea à le mettre à exécution.

Si sa vieille mère eût été dans le secret et eût voulu la mort du prince , elle eût tressailli de joie et se serait reconnue tout entière dans ce fils tant aimé, mais tant oublieux.

Henri III s'était déjà ouvert à Crillon et lui avait fait

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