LIVRE XIX
comprendre à mots couverts , mais très -clairement, ce qu'il attendait de lui. Il s'adressa mal : «Je le tuerai en duel , si vous le désirez , Sire ; j'en serai charmé.» Ce n'est pas ce que voulait Henri ; il eut recours à d'autres personnages moins scrupuleux: sa cour en était pleine; elle foisonnait de bravi. Il commanda douze poignards chez un fournisseur de la ville; le Balafré l'apprit, mais ne s'en émut pas ; il se croyait inviolable. Son cousin d'Elbeuf le supplia de quitter Blois sans délai. « Vos jours sont en danger ici , lui dit-il. « Va te coucher, cousin,» lui répondit le duc, et mettant la main sur son propre cœur : ce Voilà, ajouta-t-il , le pourpoint d'innocence.» 1
Madame de Noirmoutiers, chez laquelle il passa la nuit du 22 au 23 décembre, le supplia de s'éloigner ou du moins de ne pas assister au conseil ; il la plaisanta et riant de ses terreurs1; il lui répéta son refrain: «On n'oserait! » et cependant Henri III osait oser. Il convoqua pour le 23 au matin un conseil : la raison qu'il donna pour le choix de cette heure inaccoutumée, était un pèlerinage à Notre- Dame de Cléry, sa patronne3, qu'il voulait entreprendre le jour même. Roi soigneux et diligent, il ne veut pas que les affaires souffrent de son absence, il veut les expédier de grand matin. « Toute la matinée à l'État , le reste du jour à Dieu. »
Le roi ne dort pas; il attend avec anxiété, mais sans remords, l'heure fatale. Du Halde, son fidèle valet de chambre , vient d'après ses ordres l'appeler à quatre heures du matin; il s'habille à la lumière et va trouver ses gens dans une pièce voisine. Il leur fait un petit discours qui se résume dans ces mots : «Guise est un rebelle qui veut m'ôter la vie , il faut la lui ôter. » Il trouva des hommes qui le comprirent : l'un d'eux, Gascon, dans son enthousiaste dévouement, et sans respect pour la majesté royale, frappe de sa main la poitrine du maître : «Cape de Diou, Sire, lui ditil, iou bous le rendis mort.4* Henri III modère le zèle bruyant du gentilhomme ; il craint de troubler le sommeil de sa mère, qui dort dans une chambre au-dessous. Il
1. Hist. mss. de la maison de Guise, par Oudin, liv. III, chap. 42. — Bouillé, Hist. des ducs de Guise, t. III, p. 306.