Relation de Miron
passe ses gens en revue, il les trouve armés de poignards luisants et bien affilés , il assigne à chacun son poste , fait ses dernières recommandations et se retire dans son cabinet.
Dès le matin, les membres du conseil arrivent; mais le duc ne vient pas. Le roi lui envoie un message ; Guise arrive enfin au conseil, et lui qui jusqu'à ce jour n'a tenu nul compte des avertissements que ses amis lui ont donnés, se trouble et pâlit. Il dit qu'il a froid; on allume quelques fagots, à la flamme desquels il se réchauffe.... Avait-il peur ou seulement avait-il froid? Il demande qu'on lui donne des conserves de roses et des raisins de Damas; on lui apporte quelques prunes de Brignolles, il en mange une....» A une sueur froide succède un mouvement nerveux qui fait jaillir quelques larmes de l'œil voisin de sa balafre. Il a oublié son mouchoir, il en demande un pour s'essuyer; on le lui donne.
Huit heures sonnent à l'horloge du château. Le roi mande Guise auprès de lui. Des ordres mal exécutés par son secrétaire Revol lui font croire que son ennemi a tout découvert et se tient sur ses gardes. Celui-ci, remis de son indisposition passagère, se lève, prend des prunes dans son drageoir et jette le reste sur la table : « Messieurs , qui en veut?» dit-il aux membres du conseil, retrousse son manteau sous le bras gauche , prend son chapeau , ses gants, son drageoir de la main du même côté, et dit : « Adieu , Messieurs. »
Écoutons maintenant Miron , le médecin du roi et l'historien de cette célèbre journée : «Il heurte à la porte; le sieur de Nambu lui ayant ouvert, sort, ferme la porte après lui. Le duc entre , salue ceux qui étaient en la chambre, qui se lèvent, le saluent en même temps par respect. Mais , ainsi qu'il est à deux pas de la porte du vieux cabinet , prend sa barbe avec la main droite, et tournant la face et le corps à demi pour regarder ceux qui le suivaient, fut tout soudain saisi au bras par le sieur de Montseriac l'aîné, qui était près de la cheminée, sur l'opinion qu'il eut que le duc voulut reculer pour se mettre en défense, et tout d'un temps et par lui-même frappe d'un coup de poignard dans le sein gauche , disant : « Ah ! traître , tu en mourras ! » En même instant, le sieur des Affravats se jette à ses jambes , et le sieur de Semalens lui porte par derrière un grand