‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 187 sur 258 · LIVRE XIX · texte numérisé non relu

LIVRE XIX

coup de poignard près la gorge dans la poitrine, et le sieur de Loignac un coup d'épée dans les reins, le duc criant à tous ces coups : « Hé ! mes amis ! hé mes amis ! hé ! mes amis ! » Et lorsqu'il se sentit frappé d'un poignard par le sieur de Periac, il s'écria fort haut : «Miséricorde! Miséricorde!» et bien qu'il eût son épée engagée dans son manteau et les jambes saisies , il ne laissa pas pourtant , tant il était puissant, de les entraîner d'un bout de la chambre à l'autre, au pied du lit du roi, où il tomba. Ses dernières paroles furent entendues par son frère le cardinal, n'y ayant qu'une muraille de cloison entre eux. «Ah! on tue mon frère ! » et se voulant lever, il est arrêté par M. le maréchal d'Aumont qui, mettant la main sur son épée: «Ne bougez pas, dit-il, mordieu, Monsieur, le roi a affaire de vous ; » aussi l'archevêque de Lyon , fort effrayé , joignant les mains : «Nos vies, dit-il, sont entre les mains de Dieu et du roi. » Après que le roi eût su que c'en était fait, va à la porte du cabinet, hausse la portière, et ayant vu M. de Guise étendu sur la place, rentre et commande au sieur de Beaulieu de visiter ce qu'il avait sur lui. Il trouve autour du bas une petite clef attachée à un chaînon d'or et dans la pochette des chausses il s'y trouva une petite bourse où il y avait douze écus d'or et un billet de papier où était écrit de la main du duc ces mots : «Pour entretenir la guerre en France, il faut sept cent mille livres tous les mois.» Un cœur de diamant fut pris, dit-on, à son doigt par le sieur d'Antraguet. Pendant que le sieur de Beaulieu faisait cette recherche, apercevant encore à ce corps quelque petit mouvement, il lui dit : «Monsieur pendant qu'il vous reste quelque peu dévie, demandez' pardon à Dieu et au roi. » Alors, sans pouvoir parler, jetant : un grand et profond soupir, comme d'une voix enrouée , i il rendit l'âme, fut couvert d'un manteau gris, et au-dessus mis une croix de paille. Il demeura bien deux heures durant en cette façon, puis fut livré entre les mains du sieur de Richelieu, lequel, par le commandement du roi, fit 'brûler le corps par son exécuteur en cette première snlle qui est en bas à la main droite en entrant dans le château, et à la fin jeter les cendres à la rivière.1

1. Relation de Miron. — Davila, liv. IX. — L'Estoile, année i588. — D'Aubigné, Uv. II. — V. PalmarCayet.

Immédiatement après l'exécution du duc de Guise, on s'assura de ses principaux partisans. Son fils le duc de Joinville , sa mère la duchesse de Nemours , le vieux cardinal de Bourbon, furent arrêtés et gardés à vue. Le roi était vengé : son odieux rival venait de rendre le dernier soupir.

Reportons nos regards en arrière de quelques années : deux hommes , dans tout le plein épanouissement de la jeunesse et de l'ambition, s'étaient associés pour la même œuvre; tous deux ils avaient soif du sang d'un soldat qui honorait, la France par ses vertus et son ardent patriotisme : ce soldat était un vieillard à cheveux blancs qui rêvait la grandeur de sa patrie sur les débris de l'orgueilleuse maison d'Autriche ; il avait donné à son jeune souverain des conseils dignes d'un Français qui rougit de honte de voir sa patrie sous le joug déshonorant de l'étranger. C'était là son crime : il faisait ombrage, on l'assassina L'ordonnateur du meurtre était le jeune duc d'Anjou, aujourd'hui Henri III; l'exécuteur, Henri de Guise, celui que nous voyons étendu râlant son dernier soupir près du lit

de son roi! Quelle leçon! ou plutôt quelle punition!

Celui qui avait frappé en assassin le noble amiral , tombait frappé par les sicaires de son complice : Coligny était vengé ! «Ce qui était juste, dit Henri Martin, ce n'était pas que le roi assassinât le rebelle : c'était que les assassins de la Saint-Barthélemy s'égorgeassent entre eux ! 1 »

Ainsi se termina, à la fleur de l'âge, et dans l'épanouissement d'une ambition sans mesure, la vie de Henri de Guise. Il fut frappé par la main de celui dont il convoitait la couronne au moment où il croyait la saisir. Sous un gouvernement régulier, un parlement eût fait tomber sa tête; sous un gouvernement faible, violent, anormal, il tomba victime d'un guet-apens habilement conçu , habilement exécuté. Sa mort fut la punition de son insoumission; mais sa culpabilité ne lave pas Henri III de cet attentat;

Page 1