LIVRE XIV
royales, dépourvues de vivres et de munitions de guerre. Elles regardaient avec effroi le bastion de l'Évangile', témoin sanglant de tant de défaites , et devenu le tombeau de presque toute une armée ; ce qui les énervait surtouf c'était le titre d'assassins et d'égorgeurs qu'on leur lançait du haut des remparts; puis, enfin, elles se sentaient mal commandées. Un événement imprévu changea tout à coup la face des choses. La noblesse de Pologne avait élu pour son roi le duc d'Anjou ; ce choix était dû à la dextérité de l'évèque Montluc et de Gaspard de Schomberg, allemand de naissance , mais attaché à la cour des Valois. Ce n'était pas sans de grandes difficultés qu'ils avaient amené les Polonais à se donner pour monarque un jeune homme qui s'était tristement signalé par son esprit persécuteur, et qui perdait, devant les remparts de la Rochelle, le prestige attaché à son nom. Montluc, qui jusque-là avait penché pour les réformés , se fit sans pudeur l'avocat de la Saintfearthélemy, et s'efforça d'en atténuer l'horreur, en ne montrant dans les massacres de la célèbre nuit qu'une simple querelle de parti. Le candidat autrichien fut écarté par des raisons habilement déduites de Schomberg. La crainte de donner à la maison d'Autriche une trop grande puissance et de se donner un maître dans un roi de cette famille, précipitèrent le choix des Polonais, qui tomba, quoique un peu à contre-cœur, sur la tête du prince français. L'une des conditions de l'élection fut « que Charles IX rétablirait en leurs biens, noblesse et honneurs ceux qui avaient été condamnés pour la prétendue conspiration de Paris ou leurs héritiers; que le libre exercice de la religion serait accordé comme aux villes et places qui avaient ledit exercice, et qu'on fît diligente information contre les massacreurs.»
Montluc , dont les instructions n'étaient pas aussi étendues, et qui avait soutenu que le massacre de Paris s'était fait contre la volonté du roi , accepta cependant , sachant bien que la cour serait libre, quand elle le voudrait, de ne pas remplir les engagements pris en son nom. Pour Je diplomate , la fin justifia les moyens : une couronne valait bien un mensonge, même un parjure. Le prélat jura donc