LIVRE XX
Il nous faut revenir en arrière de quelques jours, et nous transporter dans la capitale au 24 décembre 1588, au moment où dans la soirée on entendit tout à coup, dans les rues, ce cri : Le duc de Guise est mort assassiné En un instant toutes les boutiques furent fermées et Paris fut sur pied rassemblé dans les rues, sur les places publiques , devant les parvis des églises; les Seize se réunirent partagés entre l'indignation et la crainte : les uns voulaient se rendre maîtres de la ville , au nom de la sainte union ; les autres hésitaient. Si le roi, disaient-ils, marchait sur nous!... On ne prit aucune décision.
Selon la coutume de l'Église catholique, toutes les cloches des paroisses furent mises en branle pour appeler les fidèles à la messe de minuit. Le service se fit partout d'une manière lugubre et solennelle; les prédicateurs qui montèrent en chaire se contentèrent d'annoncer au peuple que le défenseur de la foi était mort ; on n'osa injurier le roi. Chacun se disait que ce qu'il avait fait à son puissant sujet, il pouvait le faire à tous. La peur refoula l'indignation : on pleura la victime sans insulter la main qui l'avait frappée. L'avocat Versorix, en apprenant la mort du duc, fut tellement saisi de douleur qu'il mourut en embrassant le portrait de son patron3. Si le roi, immédiatement après ce double meurtre, au lieu de diplomatiser avec les députés de Blois, s'était porté résolument vers la capitale, il s'en fût probablement rendu le maître. Il sut bien couper, mais
1. Journal des choses advenues à Paris depuis le 23 décembre 1588 jusqu'au dernier avril 1589.
2. De Thou, t. IV, liv. XCI1I. — L'Estoile, année 1588. — Davila, t. Ier.