LIVRE XX
mèrent avec un air de défiance; mais le Béarnais fit cesser :et état d'incertitude en se précipitant vers Henri III, aux genoux duquel il se jeta. Au même instant les cris de Vive e roi de France ! Vive le roi de Navarre ! retentirent sous es voûtes du château. Henri III releva son beau-frère avec 3onté et ils se jetèrent dans les bras l'un de l'autre ; les seigneurs protestants et les seigneurs catholiques imitèrent eurs maîtres; le reste de la journée se passa en fêtes et en Drotestations d'amitié. Le soir du même jour le roi deNa- /arre écrivait à Mornay : « Enfin la glace est rompue , non ;ans beaucoup d'avertissement que si j'y allais, j'étais mort; 'ai passé l'eau en me recommandant à Dieu.» — «Sire, ui répondit Mornay, vous avez fait ce que vous deviez Co ;e qu'aucun de nous ne devait vous conseiller.))1
Le lendemain de ce jour mémorable Henri de Bourbon mtra seul à Tours à pied et alla surprendre son beau-frère m lit. Cet acte spontané , gage éclatant de sa loyauté , fit me vive impression sur le cœur d'un monarque qui n'osait compter sur personne. Ses défiances à l'égard du roi de Navarre s'évanouirent, et il lui accorda sans restriction toute ;a confiance. En politique la ligne droite est le meilleur, ;omme le plus court des chemins. Si on le comprenait mieux, bien des maux seraient épargnés à l'humanité.
j Au moment où les deux rois, si longtemps désunis, se l'approchaient, Mayenne étudiait la marche de la ligue, jlont il entrevoyait l'anéantissement dans ses propres excès. [1 sentait que toute surexcitation politique ou religieuse mit par une prostration de forces. Il voulait prévenir ce moment qui eût été funeste à son parti, mais il craignait mssi de précipiter les événements et de tout compromettre m voulant tout consolider; il parut donc, aux premiers lours de son arrivée, s'associer à l'enthousiasme et à l'iniignation des ligueurs; il assista aux processions, à l'une Surtout, composée de six cents enfants qui, le mardi gras, neds nus et en chemise, parcoururent les rues de la
1. L'Estoile, année 1589. — Mémoires de la ligue-, t. III, p. 297. — Pasquier, t XIII, lettre xin, p. 391. — Duplessis -Mornay, L IV, §79, p. 355.
ville en chantant des chansons contre le roi*. Il s'insinua ainsi dans les faveurs de la populace : quand le carême fut venu , il crut le moment propice pour ramener de l'ordre dans la police et le gouvernement de la ville ; il manœuvra si bien que , tout en n'expulsant pas du conseil les plus exaltés d'entre les ligueurs, il leur enleva la direction des affaires en y introduisant de sâ propre autorité une majorité composée d'hommes qui lui étaient dévoués. Les chefs du parti populacier, qui avaient pris leur rôle au sérieux, ne se virent pas sans colère déposséder d'une autorité qu'ils regardaient comme leur légitime possession; ils crièrent à la tyrannie et excitèrent, par des discours incendiaires, le peuple à ressaisir ses droits; mais le peuple de Paris de 4589 n'avait pas en haine les grands comme le peuple de Paris de 1793. Louchard et Senault crièrent donc, mais vainement, à l'usurpation; le pouvoir était trop bien tombé de leurs mains pour y revenir jamais; impuissants à faire prévaloir leur volonté dans le conseil de l'Hôtel-de-Ville, ils se tournèrent du côté des confréries qu'ils cherchèrent à fanatiser, afin de compenser leur autorité confisquée par Mayenne par leur domination sur les masses. Ces confréries qui, dans le principe, n'étaient que des réunions religieuses , s'étaient transformées par la force des circonstances en véritables assemblées politiques. La plus considérable de toutes était celle du Cordon de Jésus, qui avait pour membres les plus fanatiques d'entre les ligueurs; ce fut celle-là que Louchard et ses amis choisirent pour y faire entendre leurs doléances et combattre les actes de leurs collègues de l'Hôtel-de-Ville. Quand, ce qui arrivait presque toujours, ils avaient été battus dans le conseil, ils s'y consolaient de leurs défaites et cherchaient à établir , à côté de l'autorité régulière , une autorité rivale ; c'était en petit la commune à côté de la convention. Les circonstances changent, les hommes demeurent les mêmes; en fait de mauvaises passions il n'y a rien de bien nouveau sous le soleil. Mayenne, laissant donc les mécontents crier à la tyrannie, se fit investir de tous les pouvoirs d'un monarque absolu et prit le titre de lieutenant-général de l'État royal et couronne de France1. Populaire à Paris, i. Capefigue, t. V, p. 200. — Davila, liv. X, p. 556. — f)e Thou hv. XGIV, p. 385.