‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 212 sur 258 · LIVRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE XX

roi ses gardes accoururent et virent leur maître baigné dans son sang. Furieux ils se jetèrent sur l'assassin et le massacrèrent aux pieds du roi. * .

Le ÎV\irnais apprit à Meudon l'assassinat de son beaufrère, il accourut à Saint-Cloud. Le roi respirait encore, il avait toute sa connaissance ; prévoyant sa mort il le déclara son héritier, mais en lui prédisant qu'il ne serait jamais le maître de la France, s'il ne rentrait dans le giron de l'Église romaine.

Une scène touchante eut lieu près du lit de mort de Henri III, tous les assistants mirent le genou en terre et prêtèrent serinent de fidélité au roi de Navarre, n'attendant que le dernier soupir du monarque pour crier : Le roi est mort, vive le roi !

Après les premiers soins donnés au blessé, Henri de Navarre retourna à Meudon , les médecins ayant déclaré qu'il n'y avait rien d'alarmant dans l'état du roi; celui-ci voulut cependant savoir ce que son chirurgien pensait de sa blessure.

«Dans dix jours, Sire, lui répondit celui-ci, vous monterez à cheval. »

Ces paroles rassur* rent le roi qui ne voulut pas cependant négliger les dévotions de son culte. Un autel fut dressé dans sa chambre, où une messe fut célébrée. Henri III, les larmes aux yeux, s'humilia sous la puissante main de ce Dieu qu'il avait si souvent offensé par ses dévotions puériles, presque toujours précédées ou suivies des plus honteux excès. «Seigneur Dieu, s'écria-t-il, si tu connais que ma vie soit utile et profitable à mon peuple, prolonge mes jours, sinon, prends mon corps et sauve mon âme, metsla en ton paradis; ta volonté soit faite.» Henri III était sincère; aux jours de l'aîlliction il tournait ses regards vers

1. Il parut une foule d'écrits dans lesquels tour à tour on traite <<do parricide et de bienheureux frère Clément» ; le moins curieux de tous n'est pas celui intitulé Fatalité de Saint-Cloud : l'auteur prétend que ce n'est pas Jacques Clément qui a commis le crime, mais quelqu'un qui s'est caché sous le costume du moine. — Voir Mv moires de la ligue pour tout ce qui concerne l'assassinat du roi.

Dieu; jamais confesseur n'eut un pénitent plus soumis. Une chose cependant embarrassait le sien. Le roi était sous le poids d'une admonition du pape , sur ce qui s'était passé aux États de Blois. Les mains du monarque étaient teintes du sang du Balafré, et, ce qui était plus grave, de celui d'un prêtre , du cardinal de Guise. Il était donc bien difficile au confesseur de donner son absolution à un pécheur aussi grand que le roi très-chrétien. 11 lui demanda cependant s'il était disposé à se soumettre à tout ce que le souverain pontife, exigerait de lui. Il répondit: «Étant le premier fils de l'Église catholique, apostolique et romaine, je veux mourir dans son sein ; quant au pape , je ferai ce qu'il exigera de moi. »

Le confesseur lui donna l'absolution.

Vers le soir de ce jour le roi ressentit au bas-ventre quelques douleurs qui ne tardèrent pas à devenir très -vives; il rappela son chapelain auque! il voulut se confesser de nouveau. Il était onze heures du soir; à deux heures du matin les douleurs redoublèrent ; le blessé désira communier. «Le moment de mon départ approche, dit -il, je veux dans le saint viatique recevoir et adorer mon Sauveur.»

Ceux qui l'entouraient, au nombre desquels était Miron, son premier médecin, s'efforçaient de lui donner du courage, afin qu'il prît la mort en patience et qu'il crût que Dieu lui pardonnerait ses péchés « par les mérites de la mort et de la passion de Jésus-Christ son Fils.»

L'un des assistants lui dit: «Sire, montrez-nous que dans les actes de religion que vous avez faits, vous avez agi librement. »

« Oui , répondit-il , » et il ajouta : « Je veux mourir en la créance de l'Église romaine;» puis il poussa un soupir et s'écria: «Mon Dieu ayez pitié de moi, pardonnez-moi mes péchés ; » et il se mit à réciter le miserere des mourants. Pendant qu'il le récitait, l'un des assistants l'interrompit: « Sire, lui dit-il, puisque vous désirez que Dieu vous pardonne, pardonnez-vous aussi à vos ennemis?» — «De grand cœur, répondit le mourant.» — «Et à ceux qui ont fait votre blessure?» — «Je leur pardonne aussi, et prie Dieu de leur pardonner leur faute comme je désire qu'il pardonne les miennes.»

Sa voix s'affaiblissait ; il essaya cependant de se confesser,

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