‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 213 sur 258 · LIVRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE XX

mais pas avec autant de détail qu'il l'aurait désiré ; son confesseur lui donna une seconde absolution; il perdit bientôt après la parole qu'il ne recouvra plus; les pâleurs de la mort s'étendirent sur son visage. Un moment après il était devant Celui qui pèse dans la même balance les grands et les petits, et rend à chacun selon ses œuvres.

Henri III avait trente-huit ans, quand du trône il fut tout à coup précipité dans un tombeau, laissant sur la terre l'une de ces mémoires pour lesquelles l'histoire n'a pas assez de toutes ses flétrissures; car sur cette vie si courte, mais si pleine , l'œil ne s'arrête sur rien qui puisse faire un contre-poids à un règne où l'on trouve à chaque pas la boue à côté du sang et le sang à côté de la boue. Élevé par Catherine, il débuta mal et finit mal. Après plus de deux siècles et demi, le sang de la Saint-Barthélémy rejaillit sur son manteau royal où la tache en est toujours fraîche et vermeille. Roi de Pologne pendant quelques heures, il laissa dans ce noble pays de tristes et honteux souvenirs. Sa déchéance du trône des Jagellons ne fut que le trop juste salaire de la bassesse de son caractère; successeur de Charles IX, il eut sans doute sans cesse à lutter avec les partis; mais l'homme qui mêlait la dévotion la plus ridicule aux meurtres et aux vices les plus infâmes devait nécessairement recourir à cette politique italienne dont sa mère, son mauvais génie, lui avait donné les premières leçons. Il fit par la ruse et par le poignard ce qu'il ne pouvait faire par la force , et après avoir été assassin lui-même , il périt assassiné. Il n'y a que son lit de douleur qui nous intéresse; dans ce moment suprême il ne tourna, si nous devons en croire le procès - verbal de sa mort, ses regards suppliants ni vers les saints , ni vers Notre-Dame de Cléri, sa patronne, mais vers Jésus, le Sauveur des hommes. Il mourut dans l'Église romaine; mais en y cherchant son salut, là où Coligny avait trouvé le sien. Ne jetons pas un anathème trop précipité sur sa tombe; car s'il y a au fond du cœur de l'homme un océan de vase impure , il y a au pied de la croix du calvaire un océan plus grand de miséricorde ; son repentir fut tardif; fut-il forcé? fut- il réel? Dieu seul le sait; mais ce qui pouvait être le plus heureux pour lui , ce fut le coup de poignard de Jacques ment qui mit un terme a sa vie dissolue et l'empêcha

d'ajouter d'autres pages aux pages si honteuses de son règne. Si, près du ht d'agonie d'un pécheur on peut s'écrier en regardant aux compassions de Dieu : ô profondeur! c'est sur celui de ce dernier des Valois, dont la mort ouvrit au roi de Navarre les marches du trône.

Au moment où Henri III venait d'expirer, Henri de Bourbon entra dans sa chambre; les sanglots étouffaient sa voix; il se jeta sur le corps inanimé de son beau-frère, et, poussant de gros soupirs, il s'écria : «Les larmes ne le feront pas revivre1.» Cette douleur était trop bruyante pour être bien profonde. Le Béarnais ne pleura , ni longtemps, ni beaucoup. Cette mort lui créait de nouveaux embarras, mais ouvrait à son ambition de grands horizons.

1. Mathieu , Hist. du règne de Henri III. — Mémoires de la ligue. — De Thou, liv. XGVI. — D'Aubigné, liv. II, chap. 22.

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