‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 215 sur 258 · LIVRE XXI · texte numérisé non relu

LIVRE XXI

lirent pas à leur tflche, la fureur les rendit éloquents; ils exaltèrent Jacques Clément, le proclamèrent un saint martyr de Jésus-Christ et désignèrent au poignard de leurs fidèles ceux qui oseraient appeler régicide le héros qui avait délivré la France «de ce chien de Valois.»

Cette rage insensée qui transformait la chaire chrétienne en tréteau de foire , trouva de l'écho à Rome , où il semble que Sixte V, fidèle à lui-même, eût dû réprouver un acte qui n'était pas dans ses principes de gouvernement et de souveraineté absolue, mais les événements modifièrent, ses principes : il s'associa à la ligue qu'il n'aimait pas à cause de son esprit de désordre. Il s'échappa, dit Anquetil, dans la première joie que lui causa la fin violente de Henri de Valois jusqu'à la comparer pour l'utilité à l'incarnation du Sauveur, et j)our l'héroïsme du meurtrier, aux actions de Judith et d'Eléazar. 1

Le temps n'a pas confirmé les paroles du pontife ; l'imitateur de Judith et d'Éléazar est descendu de son piédestal, sa statue est dans l'égout public, et s'il a encore quelques adorateurs, ils se cachent, ils auraient honte de leur saint. Quand on étudie cependant l'époque où ces aberrations morales eurent lieu , on cesse de s'en étonner, car elles nous paraissent un signe de ces temps malheureux. La haine pour les protestants , l'alliance de Henri III avec le Béarnais, les prédications ligueuses, la mort violente de Henri de Guise, la crainte de voir monter sur le trône un roi huguenot, tout cela explique la joie des Parisiens à la nouvelle de la mort de Henri III. Il avait dit de Paris : «Cette ville est trop grosse, il faut que je lui tire un peu de sang»; cette parole imprudente avait été répétée, les ligueurs s'attendaient à tout de lui , et tout à coup un moine se dévoue et débarrasse la Sainte-Union du Valois. On exalte Jacques Clément, on en fait un saint, son couteau n'est dans ses mains que le glaive d'un ange exterminateur. Tout est logique dans la conduite des Parisiens : mais la logique n'est pas la raison, et quels que soient les efforts des apologistes de la ligue , ils ne parviendront pas à relever l'autel sur lequel on lisait ces mots : «Saint Jacques

1. Esprit de la ligue, t. III. — Sommaire, récit des choses mémorables advenues en France sous Henri IV. — De Thou, liv. XGVL

Clément, priez pour nous.» Avec le calme est venu le jour de la justice ; aujourd'hui le couteau du moine n'est que le fer d'un assassin.

La presse ne demeura pas en arrière de la chaire et glorifia aussi le Jacobin ; la plupart des écrits publiés à cette époque sont oubliés ou ne sont connus que des amateurs de nos vieilles chroniques, mais ils aident l'historien à se faire des idées justes sur une époque dont les allures sont si loin de nos mœurs.

Malgré le mépris qu'inspirait sa personne , Henri III trouva quelques défenseurs. Un moine de l'ordre de Citeaux , Jean de la Barrière , fit son éloge à Bordeaux : au moment où toutes les chaires retentissaient d'imprécations sur sa personne , il eut le courage de prendre sa défense. Ces actes sont trop rares pour qu'on ne soit pas heureux de les mentionner; les courtisans du malheur n'ont jamais été bien nombreux.

C'était pour Mayenne le moment de saisir la couronne que son frère n'osa pas ramasser sur le pavé de Paris le jour des barricades ; il la regarda d'un œil d'envie : la proie était belie, l'occasion unique , son impétueuse sœur et ses partisans le poussaient à la prendre. Ce chef de parti ne sut pas brûler ses vaisseaux et il fut au-dessous ile sa fortune. 11 calcula trop les obstacles, et au lieu de prendre la couronne et de dire , en brandissant son épéc : «Je suis roi», il se contenta d'opposer au Béarnais, son oncle, le vieux cardinal de Bourbon, dont on ht à la hâte un roi, sous le nom de Charles X.1

L'homme qu'on plaçait sur le trône était prêtre et ne faisait ombrage à personne; son règne, qui ne pouvait être que nominal, ajournait les prétentions de chacun, et avait Se double avantage de poser en principe l'exclusion du roi de Navarre et de réunir tous les partis contre lui. Tout cela se passait sept jours après la mort de Henri 111 ; les ligueurs n'avaient pas perdu leur temps. Philippe II fut content de tout ce qui s'était passé.

1. Le cardinal de Bourbon était alors le prisonnier de son neveu Henri IV. — Davila, liv. X.

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