LIVRE XXI
Le coup de couteau de Jacques Clément avait fait un roi de France du Béarnais, mais les abords du trône où il était appelé par les lois fondamentales du royaume comme premier prince du sang . lui étaient fermés par la ligue qui avait horreur d'un roi huguenot, relaps et sous le coup de l'excommunication de Pévèque de Rome. Les difficultés étaient grandes de ce côté, mais elles n'eussent pas été insurmontables, si la noblesse catholique eût subordonné sa foi religieuse à sa foi politique. Au vide qui se fit autour de lui , le nouveau roi de France , avec son regard pénétrant, ne tarda pas à comprendre qu'il ne mettrait pas sans difficulté sur sa tête la couronne que la main mourante de son beau-frère lui avait transmise. Il entendit sans doute retentir à ses oreilles, l'antique cri des chambres funèbres des rois: «le roi est mort, vive le roi», mais ce cri fut suivi d'une scène significative. Plusieurs des seigneurs catholiques se réunirent dans l'appartement où gisait le cadavre de Henri III. « Plutôt mourir de mille morts, dirent-ils, que de reconnaître pour roi un hérétique», et ils se tendaient les mains, se les serraient, enfonçaient leurs chapeaux ou les jetaient par terre1; or, ceux qui tenaient ce langage étaient pour la plupart des hommes tarés, dignes en tout du maître qu'ils venaient de perdre ; leur religion , si toutefois ils en avaient une , n'avait d'autre fondement qu'une haine aveugle pour les huguenots. Ils n'étaient pas cependant unanimes; après la première explosion de leurs sentiments, les opinions se firent jour : les uns, et c'étaient les plus vils, plaçaient la religion en première ligne et ne voulaient à aucun prix d'un roi huguenot; les autres,, plus politiques que catholiques , voyaient la ruine de l'État dans l'abandon de l'antique loi de succession au trône et se montraient disposés à accepter le Béarnais, s'il donnait des garanties solides pour le maintien de la religion catholique; quelques autres étaient d'avis que le parti le plus sage était de renvoyer la solution de la question aux États généraux;