D'Aubigné, t III, liv. Iï, chap. 23, p
mais la pensée qui dominait au fond de ces tumultueux débats, où l'on paraissait n'avoir en vue que l'intérêt de la religion et celui du royaume, était une pensée égoïste: chacun regardait à son intérêt particulier. Le Béarnais était pauvre, et il ne leur offrait guère que la perspective d'aller se faire tuer sur un champ de bataille pour lui conquérir une couronne. De cela, ils ne se souciaient , et les plus considérables d'entre eux , voyant la ligue forte , et derrière elle Philippe II comme un mur d'airain, appelaient de leurs vœux un démembrement de la France, qui ferait de chacun d'eux un petit roi dans son gouvernement respectif. Or, comme les paroles du poète « tant que tu seras heureux, tu auras beaucoup d'amis , mais si les temps deviennent nuageux et sombres, tu seras seul » , s'appliquaient parfaitement au nouveau roi de France , ils ne tinrent aucun compte des services qu'il avait rendus à leur défunt maître. Comme ils ne voulaient pas cependant s'allier aux ligueurs qu'ils détestaient mortellement , ils résolurent de lui faire la proposition de lui jurer obéissance comme à leur souverain légitime « s'il abjurait sans délai et sans examen la religion protestante.» Sur le refus du duc de Longueville de porter au roi ces honteuses conditions, François d'O s'en chargea; cet homme perdu de débauches et qui s'était enrichi de concussions, invita le roi à abjurer de suite ou tout au moins à promettre qu'il se ferait instruire sous peu de jours.'
Le roi n'était pas religieux, mais il était Français; à défaut de piété, il avait de l'honneur. Révolté de l'impudence des propositions , il répondit aux seigneurs catholiques :
« Vous savez tous quels ordres le feu roi, mon prédécesseur d'heureuse mémoire, m'a donnés, et ce qu'il m'a recommandé en mourant. C'est principalement de maintenir mes sujets, soit catholiques, soit protestants, dans une liberté égale, jusqu'à ce qu'un concile canonique, général ou national, ait décidé ce grand différend. Je lui ai promis et juré d'exécuter fidèlement ce qu'il m'ordonnait et je regarde comme un de mes premiers devoirs d'être exact à ma parole. Je vous parle de la sorte, parce que j'ai appris qu'il y a certains particuliers dans mon armée qui se font