LIVRE XXI
ma couronne au fond de la mer plutôt que de la porter au moyen d'un parjure.»
Le roi achevait sa réponse quand le huguenot Givry qu'il avait envoyé vers les Suisses pour s'assurer de leur fidélité , entra. 4 Sire, lui dit ce zélé serviteur, je viens de voir la fleur de votre brave noblesse, elle attend avec impatience vos commandements; vous êtes le roi des braves, vous ne serez abandonné que des poltrons1». Ces paroles touchèrent quelques seigneurs catholiques , chez lesquels le sens moral n'était pas encore perdu ; indignés de la bassesse des propositions faites au roi, ils se rallièrent autour de lui.
D'O se retira. Dans la soirée du 2 août et dans la journée du lendemain , les pourparlers continuèrent. Le roi avait parlé d'un concile... c'était un premier trait-d'union. Le temps, ce grand maître en toute chose, en amènerait un second, puis un troisième; mais la haine de la ligue fit plus que le zèle des catholiques pour le pape : la situation était critique, leur parti n'était pas assez puissant pour faire tète aux huguenots et aux ligueurs , pourquoi donc tenir rigueur à un prince qui avait déjà abjuré une fois en face d'un poignard et qui pouvait bien le faire encore en face d'une couronne? Ne se montraient-ils pas bons Français en voulant pour souverain le premier prince du sang royal? Ne se montraient-ils pas bons catholiques en réservant à un concile le soin d'éclairer le nouveau roi sur ses erreurs? Ils se décidèrent donc à traiter, mais non sans condition. Ils pensèrent d'abord à eux , à la France ensuite. Biron se fit donner le comté de Périgord. De tous il était le plus avide, mais le plus capable ; il servit d'intermédiaire entre eux et le Béarnais. Le 4 août , trois jours après Ja mort de Henri III, un traité fut conclu. Il stipulait en substance le maintien de la religion catholique dans tous ses droits et prérogatives, la convocation d'un concile national qui serait chargé d'instruire le roi dans les vérités de la religion romaine , la réunion des États généraux dans