D'àubigné, t. III, Ut. il
le délai de six mois, la conservation de tous les princes, ducs, pairs dans leurs dignités, offices, pensions et charges, la poursuite des assassins du roi," etc.*
Tous les seigneurs signèrent ce traité à l'exception de d'Épernon et de quelques autres. A leur départ, leurs troupes les suivirent. Quelques chefs protestants abandonnèrent aussi le roi, indignés de son désir de se faire instruire par un concile. Le Béarnais était à la lettre, dans ce moment , comme il le disait gaîment : « Roi sans royaume, mari sans femme, guerrier sans argent» ; en effet il était si pauvre qu'il fut obligé de se faire tailler un pourpoint dans celui de Henri III, mais ces désavantages étaient compensés chez lui par une confiance qui chez tout autre eût été de la suffisance; puis sa nature rieuse, enjouée, éminemment gasconne, secouait facilement les idées lugubres; il souffrait vivement et oubliait vite.
Il s'efforçait, dit Davila, de satisfaire à tout le monde, et de se concilier la bienveillance de chacun, par la vivacité de son esprit, la promptitude de ses reparties, l'aisance de ses paroles et la familiarité de ses entretiens. Il faisait plus le compagnon, que le prince; et il suppléait à la pauvreté de ses moyens, par la prodigalité de ses promesses. A chacun, tour à tour, il protestait que c'était à lui seul qu'il devait la couronne, et que la grandeur des récompenses serait proportionnée à la grandeur des services. Aux huguenots, il protestait qu'il ouvrait son cœur, et leur confiait ses sentiments les plus intimes , comme à ceux sur lesquels il fondait ses plus solides espérances; aux catholiques, il témoignait toutes les déférences extérieures; il leur parlait avec une singulière vénération du souverain Pontife, et du siège apostolique. Avec eux, il laissait percer tant d'inclination pour la religion romaine, qu'il feur faisait prévoir une prompte et indubitable conversion. Il témoignait aux bourgeois des villes , aux paysans des campagnes, la pitié qu'il ressentait pour leurs charges, et pour les calamités dont la guerre les accablait ; il s'excusait sur la nécessité de nourrir ses soldats, et il en rejetait toute la faute sur ses ennemis. 11 se faisait le
t. Mémoires de la ligue, t. IV. — L'Estoile, année 1589- — Davila, Uv. X. — Duplessis-Mornay , Mémoires, t. IV, § 84,