LIVRE XXI
compagnon des gentilshommes, qu'il appelait les vrais Français, les conservateurs de la patrie, les restaurateurs de la maison royale. Il mangeait en public, il admettait chacun à parcourir ses plus secrets appartements; il ne cachait point sa pénurie actuelle, et il tournait en plaisanterie tout ce qu'il ne pouvait faire passer par des propos sérieux. 1
Il fallait que la position du roi fût bien critique , pour avoir eu recours à des moyens, qui n'étaient qu'un bien léger palliatif à une situation qui ne pouvait se prolonger longtemps encore sans danger; en effet, Paris était délivré, et son armée se dispersait à vue d'œil , pendant que celle des ligueurs se renforçait. Il décampa de Saint-Cloud et se dirigea vers Compiègne, où il déposa le corps de Henri III; de là, après avoir envoyé Lanoue et le duc de Longueville en Picardie et le maréchal d'Aumont en Champagne, pour y raffermir sa cause , il alla camper, à la fin du mois d'août, à Darnetal, dans l'espérance que Rouen lui ouvrirait ses portes ; il fut déçu dans son attente : il se porta alors vers Dieppe , dont le gouverneur lui remit les clefs : sa position paraissait désespérée.
Les espérances de Mayenne n'étaient pas sans fondement; la position du Béarnais s'aggravait de tous les efforts que faisait la ligue pour détacher de son obéissance les villes demeurées fidèles à la cause royale; il dut dans cette heure critique de sa vie chercher en lui-même les ressources qu'il ne pouvait attendre d'ailleurs. Acculé dans ses derniers retranchements, il eut du renard la ruse et du lion la force. Il regarda sans se troubler les trente - deux mille hommes de Mayenne, et sans se décourager les huit mille qui combattaient sous ses ordres. Il lui fallait une victoire éclatante pour signifier à la France son avènement au trône. Il pensait, et non sans raison, que la bouche de ses canons victorieux couvrirait la voix des vieilles têtes de la Sorbonne, qui le proclamaient hérétique, relaps et indigne de la couronne de ses aïeux.