LIVRE XXL
oïl
sachant qu'il ne ramasserait sa couronne que sur un champ de bataille transformé en champ de victoire, il avait donc le feu sacré qui est un premier gage de succès, et ce feu , il l'avait communiqué à sa brave et fidèle gentilhommerie huguenote et aux seigneurs catholiques qui, ne désespérant pas de le voir bientôt abjurer, sentaient leur fortune liée à la sienne. L'autre, au contraire, dont Sixte- Quint disait «qu'il se tenait plus longtemps à table que son adversaire au lit», manquait de cette ardeur qui éclaire l'intelligence à l'heure des batailles et se communique aux soldats comme une étincelle électrique; par nature, il ne l'avait pas, et les circonstances politiques dans lesquelles il se trouvait ne contribuaient pas non plus à la lui donner. Il était factieux malgré lui, ligueur malgré lui; les événements et son impétueuse sœur, plus que son ambition personnelle , avaient fait de lui un chef de parti, et ce chef de parti n'avait aucune inimitié personnelle contre Henri de Bourbon, qu'il eût peut-être accepté comme roi sous la condition d'une abjuration. Il était donc bien difficile que Mayenne apportât dans le combat l'ardeur primesautière de son ennemi , de là , l'une des principales causes du triomphe de ce dernier; peut-être aussi, le général ligueur eut-il trop de confiance dans la supériorité numérique de ses troupes, et crut-il à sa victoire avant même d'avoir engagé le combat , c'est possible , c'est même probable. Si nous cherchons enfin d'autres causes de sa défaite, nous les trouvons dans l'impossibilité où il se trouvait de lancer tous ses soldats à la fois contre les troupes royales pour les accabler sous leur nombre, mais quelles que soient les raisons que l'on donne pour laver Mayenne de son échec , la honte n'en pèse pas moins sur sa mémoire. Selon toutes les chances humaines il devait vaincre et il fut vaincu; il ne l'eût pas été , s'il se fût souvenu de la bataille de Saint- Denis et de celle de Coutras, et surtout s'il eût eu pour principe qu'un général ne doit pas mépriser son ennemi — et qu'il ne doit jamais cesser d'être sur ses gardes, même s'il se croit assuré de la victoire. Les chasseurs expérimentés ne s'approchent du lion blessé que lorsqu'ils ont la certitude de sa mort. Mayenne, si prudent, manqua de prudence; sa confiance lui fut funeste. La nouvelle de sa défaite arriva à Paris qui se préparait
à recevoir «le Biarnais garotté.» Les prédicateurs furent atterrés, mais craignant de jeter le découragement au milieu des bourgeois, ils proclamèrent impudemment la victoire de Mayenne et montrèrent quelques drapeaux que ce dernier leur avait envoyé (les vaincus en prennent presque toujours quelques-uns aux vainqueurs); la presse leur vint en aide, et pendant que le général ligueur ralliait ses escadrons en fuite, on criait dans les rues de Paris le discours abrégé du combat, la défaite véritable sur les troupes du roi, le discours véritable de la défaite et révolte des troupes du roi de Navarre. La duchesse de Montpensier était la trompette et le colporteur de tous ces mensonges.1
Le roi fut plus étonné de sa victoire que Mayenne ne» l'était de sa défaite, il écrivit le soir même de cette grande journée à Crillon ce billet si connu: «Pends -toi, brave «Crillon, nous avons combattu à Arques et tu n'y étais « pas ! adieu brave Crillon , je vous aime à tort et à travers.» Henri est tout entier dans ces quelques mots; il ne se fit pas cependant illusion : Mayenne avait subi une défaite , mais son échec n'était pas irréparable; pour vaincre, il n'avait qu'à rallier ses troupes et les ramener au combat pour écraser le vainqueur. Le roi ordonna donc prudemment îa retraite et se porta vers Dieppe , c'était là qu'était sa force, car c'était là qu'il attendait les secours d'Elisabeth. Â peine arrivé, de nombreuses voiles parurent à l'horizon et quelques heures après , cinq mille Anglais et Écossais jetaient l'ancre dans le port. Ce fut seulement alors qu'il se crut vainqueur.*
L'arrivée des Anglais et des Ecossais déconcerta Mayenne, et quoiqu'il eût une armée bien supérieure en nombre à celle du Béarnais, il n'osa pas engager une seconde bataille , il se replia vers la Picardie pendant que son adversaire, enhardi par un grand succès, se porta hardiment sur Paris , lança sa vaillante armée sur ses faubourgs et jeta l'épouvante au milieu des bourgeois, interdits de tant