‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 226 sur 258 · LIVRE XXI · texte numérisé non relu

LIVRE XXI

principe la soumission absolue à l'évêque de Rome , prononça du haut de la chaire ces paroles: «Non-seulement la république de Venise favorise les hérétiques; mais, silence, silence, ajouta- t- il, en mettant un doigt sur la bouche; le pape lui-même les protège. »

Le langage du moine espagnol trouva de l'écho en France, les principaux prédicateurs de Paris blâmèrent avec des paroles aigres la conduite de Sixte-Quint. Un certain Bernard Rouillet vomit un torrent d'injures contre le pontife «qui, disait-il, conseillait la paix et s'entendait avec les hérétiques;» il eût été plus dans le vrai, s'il eût dit que le Saint-Père haïssait la Réforme et méprisait la ligue.

Le pape, en apprenant comment ceux qui lui avaient juré une obéissance passive, le traitaient en France et à Madrid , se plaignit vivement, mais sans résultat. Philippe II couvrait de son autorité ses insulteurs qui continuèrent à attiser le feu par leurs discours incendiaires, dans lesquels on trouve tout, excepté la charité; depuis longtemps elle avait replié ses ailes divines, et s'était envolée dans le ciel; une furie avait pris sa place, sa griffe se trouva en tête de chaque sermon des Aubri, des Boucher, des Rose et

| de leurs confrères.1

Pendant que les chaires de Paris retentissaient d'imprécations, le roi avait quitté Tours, et gagnait du terrain en Normandie. Secondé par sa brave noblesse, il prenait d'assaut des villes, y faisait reconnaître son autorité; son intrépidité dans les combats, sa douceur après la victoire lui

; gagnaient les cœurs. Les ligueurs étaient consternés; maîtres à Paris, ils étaient loin d'avoir cette unité de vue qui fait les grands succès et prévient les désastres. Mayenne se de-

' fiait des plus exaltés qui se défiaient de lui , et le trouvaient trop mou; il sentait au-dessus de sa tête la main de plomb de Philippe II; or, il ne voulait pas plus du despotisme espagnol, que de la démagogie ligueuse. Homme de justemilieu par caractère, mais révolutionnaire parla force des

: circonstances, il ne convenait pas plus à son parti, que

I son parti ne lui convenait; et cependant, ne pouvant rien l'un sans l'autre, ils étaient condamnés à marcher ensemble. Ii fallait à Mayenne les ducats du roi catholique, il fallait

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