L'Estante, année 15S
aux Seize l'épée de Mayenne qui, maigré sa défaite, était le seul général de quelque valeur qu'ils pussent opposer au Béarnais. Philippe II voulait bien donner de l'argent et s'épuiser pour la France ; mais il ne le faisait pas dans un but purement religieux; avant de penser à Dieu, il pensait à lui, le ciel après la terre. C'est ainsi qu'en Portugal, cet ami des moines fit massacrer , sans pitié , deux mille religieux, dont le seul crime était d'aimer, leur patrie; plus tard, il tendit la main à la protestante Elisabeth; dans le moment présent, il voulut que son argent lui rapportât un gros intérêt, il demanda pour sa fille, l'infante Isabelle-Clara Eugénie, le trône de France ; et en attendant que Charles X descendit dans la tombe, ce qui ne pouvait tarder, vu son âge avancé , il réclamait le protectorat du royaume pendant la captivité du roi des ligueurs. Pour arriver à ses fins , il avait les plus exaltés d'entre les Seize, l'armée des prédicateurs et des moines, ses nombreux pensionnaires, la canaille; ses ambassadeurs enfin, Mendoça, Moreo et Taxis, travaillaient habilement la matière à l'aide de leurs doublons d'Espagne , dont les Seize étaient particulièrement avides. L'intérêt fait contracter de singulières alliances et jette dans d'étranges illusions. Les chefs de la ligue qui avaient élevé leur démocratie sur les débris du pouvoir royal, tendaient la main au plus despotique des princes... Unis au jour de la lutte , l'eussent-ils été au jour de la victoire? à cela, peut-être, ils n'avaient pas réfléchi, trompaient-ils, étaient-ils trompés? un peu de cela tout ensemble; mais ce qu'ils savaient très-bien, c'est qu'ils ne voulaient pas pour roi, Henri de Bourbon.
Les ambassadeurs de Philippe réussirent à faire accepter aux principaux ligueurs , un traité qui donnait le protectorat du royaume au roi catholique , dont la fille Isabelle- Clara-Eugénie devrait s'unir à un prince français après la mort du cardinal de Bourbon.1
Mayenne vit l'écueil et sut l'éviter, il comprit que le protectorat de Philippe II le mettrait complètement à l'écart, et que son état d'homme marié lui fermerait les avenues du trône , il fit répondre courtoisement au roi catholique, que le pape ne trouvait pas bon qu'il y eût, dans le