‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 228 sur 258 · LIVRE XXI · texte numérisé non relu

LIVRE XXI

royaume, un autre protecteur de la foi catholique, que sa Sainteté elle-même; et pendant que l'un de ses amis, Roissieux , partait pour Madrid pour négocier , il procéda avec vigueur et décision, contre le conseil de l'Union, à côté duquel il fit établir, sous le prétexte du bien public et de la religion, un conseil composé seulement de quelques membres, dans lequel il concentra tous les pouvoirs, en masquant ce coup d'état par la convocation des États-généraux pour le 3 février 1590 *. Il savait d'avance que la guerre en empêcherait la réunion; vaincu à Arques, il fut vainqueur à Paris des Seize et de Philippe II ; délivré de ses embarras intérieurs, il se mit en campagne, décidé à prendre une éclatante revanche sur Henri de Bourbon , qu'il rencontra à Ivry, petit village, auquel le choc des deux armées allait donner un grand renom.

Le bourg d'Ivry est situé sur les bords de l'Eure, sa plaine, large de plusieurs lieues et de forme circulaire, offrait au roi et à Mayenne un beau champ de bataille où ils pouvaient déployer facilement leurs escadrons. Le ii mars, les deux armées se trouvèrent en présence; celle <îe Henri IY se composait de huit mille hommes de pied et deux mille chevaux; elle avait de plus, six cents gentilshommes amenés un peu avant le combat, par la Trémouiile, •d'Àumièrcs et Duplessis-Mornay ; son artillerie se composait de coulevrines et de quatre canons.

Celle des ligueurs avait treize mille fantassins, quatre mille cavaliers et quatre canons. Malgré la supériorité numérique de ses troupes, Mayenne ne voulait pas engager le combat; mais il y fut contraint par le jeune comte d'Egmont , qui lui avait fourni onze cents lances wallones. Ce jeune étourdi, fils d'un héros, dont il avait renié le sanglant et îiobie héritage , s'était jeté sans honte dans les rangs des assassins de son père; il brûlait du désir de gagner ses éperons de chevalier par quelque action d'éclat : son ambition lui voilait la honte et la bassesse de sa conduite.

1 . Mémoires de ftevers , liv. II. — Dialogue du Maheusire et du Kauaat

331 niSTOIRE DE LÀ RÉFORMATION FRANÇAISE.

Avant d'engager le combat , les deux armées invoquèrent Dieu. Un cordelier marchant en tète des wallons, parcourut les rangs des ligueurs, un crucifix à la main, et lança ses anathèmes sur les hérétiques et les politiques. Le bouillant Gabriel Damours fit la prière comme à Coutras, devant le roi qui, à genoux, écouta les paroles du ministre inspiré comme un prophète d'Israël.

Admirable d'élan et d'intrépidité, Henri de Bourbon se porta sur le front de ses troupes ! «Mes compagnons, dit-il à ses soldats: Dieu est pour nous ! Si vous perdez vos cornettes , ralliez-vous à mon panache blanc ; vous le trouverez au chemin de la victoire et de l'honneur. »

Ces paroles et le feu qui brillait dans ses regards électrisèrent sa brave gentilhommerie, qui fit des prodiges de valeur: artilleurs, fantassins, cavaliers se couvrirent de gloire. Le roi après avoir ordonné le plan de la bataille avec le sang-froid d'un tacticien, voulut être de la partie comme un simple combattant. Suivi de sa brave noblesse , il se précipita nu milieu de l'ennemi français et wallon , et mit un affreux désordre dans leurs rangs. Un moment , il disparut dans ce terrible tourbillon où l'on ne voyait que fumée , et où T&n n'entendait que le cliquetis des armes , les cris des blessés et le râle des mourants. Ses lieutenants étaient dans l'anxiété, quand ils aperçurent le panache blanc, depuis devenu si célèbre. Pendant que le roi exécutait cette brillante, mais trop téméraire charge, son artillerie, admirablement dirigée par le Grand- Maître La Guiche, lançait des volées meurtrières au milieu des rangs ennemis, qui ripostaient avec un tir sans vigueur et sans justesse. De leur côté le maréchal d'Aumont, le baron de Biron et le duc de Montpensier chargeaient les troupes du duc d'Egmont , qui périt dans la mêlée. L'attaque fut courte, terrible, vive comme à foutras» Mayenne, désespérant de rallier ses escadrons terrifiés, songea plus à fuir qu'à ordonner une retraite. Les troupes royales se mirent a sa poursuite l'épée dans les reins. Le massacre était terrible ... on eût dit un ange exterminateur à la poursuite des ligueurs. Témoin de cette scène, le roi cria à ses soldats : & Sauvez la noblesse française... main basse sur l'étranger.» Malgré cet ordre beaucoup do fantassins français furent sabrés, et le nombra de ceux

Page 1