LIVRE XXI
qui périrent dans la déroute fut aussi considérable que celui de ceux qui trouvèrent la mort sur le champ de bataille. Le roi poursuivit Mayenne jusqu'à Mantes, qui ouvrit ses portes au général ligueur et le sauva ainsi que les débris de son armée.
L'échec de Mayenne était complet : son infanterie était détruite , prisonnière ou dispersée ; sa cavalerie avait perdu quinze cents cavaliers sur quatre mille; son bagage, ses munitions , ses drapeaux, ses enseignes et ses cornettes étaient au pouvoir de son vainqueur.
Pendant que Mayenne se disposait à réparer son échec d'Ivry, le roi de Navarre se dirigeait vers Paris; mais pas assez promptement pour profiter des avantages qu'il pouvait retirer de sa victoire. Ce ne fut que le 29 mars qu'il arriva sous les murs de la capitale, et cependant il n'en était, le 14 de ce mois, jour où il battait Mayenne, qu'à quelques heures. Un chef plus calculateur qu'il ne l'était eût mieux connu le prix du temps ; il se fût porté à marches forcées vers Paris où sa présence aurait jeté la terreur et le découragement. Il ne le fit pas. Plein d'initiative dans un jour de combat, il ne savait pas toujours profiter des bonnes chances que lui offrait la fortune; on peut dire seulement, à sa décharge, que le besoin de repos qu'avaient ses troupes, leur indiscipline, les pluies torrentielles dont elles avaient souffert1 et le manque d'argent5 l'empêchèrent d'effectuer ce que les règles les plus élémentaires de l'art militaire lui ordonnaient de faire. Malgré cela, ce ne fut pas sans étonnement que les Parisiens virent à quelques pas de leurs remparts une armée de quinze mille hommes qui se préparait à faire le siège d'une ville qui comptait deux cent quatre-vingt mille habitants. C'était de nouveau comme aux jours de Coudé : la mouche qui se préparait à assiéger l'éléphant.