Économies royales, t. Ie
L'intérieur de la ville présentait un aspect curieux : elle comptait parmi ses défenseurs des ligueurs espagnols, italiens, des moines étrangers, des aventuriers prêts à se battre, plus encore à piller. Rome y était représentée par un grand diplomate, le cardinal Cajetan, et un célèbre controversiste , Bellarmin. Il y avait surtout une collection complète de prédicateurs qui se déchaînaient autant contre les politiques que contre les huguenots. Par-dessus toutes ces têtes s'élevait une tête de femme : celle de l'impétueuse duchesse de Montpensier qui ne se rappelait jamais sans terreur la mort de Henri III, à laquelle elle avait pris tant de part. Les Seize et elle avaient le même intérêt; en défendant la ville , ils défendaient leurs têtes. Henri IV avait fait pendre le père Bourgoing!
Le 8 mai le roi commença à tirer sur Paris, puis, le serrant de plus près, il s'empara des faubourgs, établit autour de la ville un cordon militaire , intercepta tout arrivage , et ne permit qu'à la famine de franchir ses portes. La vengeance des Sancerrois commença ; elle fut terrible ; mais juste. Les massacreurs de la Saint - Barthélémy le comprirent-ils? Nous ne le pensons pas: des préjugés invétérés, leur haine des huguenots les aveuglèrent. Ils se crurent de saints martyrs , et là où il y avait un châtiment d'un Dieu irrité , ils ne virent qu'une épreuve. Ils se raidirent contre les obstacles et furent admirables de courage et de résignation. Croyant combattre pour la cause de Dieu, ils ne doutaient pas que le ciel ne fût leur récompense.1
Soumis aux ordres du duc de Nemours, qui dirigeait habilement les travaux de défense, tous, bourgeois, prêtres, moines , soldats déployèrent une merveilleuse activité; les remparts se hérissèrent de canons, la Seine fut barrée avec de grosses chaînes de fer, on construisit des bastions, on creusa des fossés ; on ne se reposait un moment que pour reprendre les travaux avec plus d'ardeur. Mais un ennemi, plus redoutable que les assiégés, commençait à leur livrer des assauts: la disette, ce précurseur d'une