Lacretelle, Guerres de religion, t. II, p
dame ne faillit jamais de tourner à son tour ni à son rang . si bien que tout le monde s'ébahit que par une telle confusion et un tel désordre jamais ne défaillirent leurs ordres , tant ces dames avaient le jugement solide et la retenue bonne et s'étaient si bien apprises, et dura ce ballet bizarre pour le moins une heure; lequel étant achevé, toutes ces dames représentant lesdites seize provinces que j'ai dites, vinrent à présenter au roi, à la reine, au roi de Pologne, à Monsieur son frère, au roi, à la reine de Navarre et autres grands et de France et de Pologne, chacun à chacune une plaque toute d'or, grande comme la paume de la main, bien émaillée et gentiment enouvrée, où étaient gravées les fruits et singularités de chaque province , en quoi elle était plus fertile ; comme la Provence des citrons et oranges , la Champagne des blés, la Bourgogne des vins , la Guyenne des gens de guerre, grand honneur certes pour la Guyenne; et ainsi consécutivement de toutes les autres provinces.»
Quel contraste entre la nuit de cette fête et celle du M août 1572 !
Le 10 septembre l'église de Notre - Dame était revêtue de ses plus brillants atours ; le même clergé qui avait chanté un solennel Te Deim pour rendre grâce à Dieu de la mort des hérétiques, était au grand complet; il y était avec ses prières et ses chants. Le duc d'Anjou jura sur les saints Évangiles de conserver inviolablement les libertés de ses sujets polonais et lithuaniens. Le roi de France à son tour, jura d'accomplir tout ce que ses envoyés avaient promis de sa part; mais on omit de ces promesses tout ce qui concernait les protestants. L'influence de Rome avait prévalu; après tout, qu'auraient signifié ces promesses avec une cour pour laquelle le droit n'était rien et le fait tout : l'avenir devait, après le passé , le prouver encore.
Charles IX se montrait plus satisfait que son frère du choix que la Pologne avait faite de lui. Depuis les massacres de Paris ce malheureux roi était consumé par une fièvre continuelle qui ne lui laissait aucun repos et qui le rendait incapable de donner aux affaires de son royaume