LIVRE XIX
prochaine famine, se faisait sentir. Leurs chefs avaient constaté avec effroi que la ville n'avait des vivres que pour trois semaines, et ils se sentaient si bien cernés par l'armée royaliste qu'ils avaient perdu l'espérance de faire lever le siège.
Il n'est pas difficile de donner du courage à un peuple, surtout à des Français; mais lui donner de la patience: c'est de tous les problèmes le plus difficile à résoudre. Les prédicateurs le tentèrent et le résolurent. Ils y procédèrent par des processions dont la mise en scène, pour n'être pas irréprochable, avait cependant un cachet d'originalité qui saisissait fortement l'imagination des bourgeois et les aidait à prendre leurs maux en patience. Les prêtres et les moines assistaient à ces processions avec leur costume , mais ils
Ïiortaient, les uns des casques par-dessus leurs capuchons, es autres traînaient des sabres; d'une main ils tenaient un crucifix, de l'autre une hallebarde ; on visitait les églises, on invoquait sainte Geneviève , la patronne de Paris ; on promettait à Notre-Dame-de-Lorette un vaisseau d'argent de la valeur de sept cents marcs, quand le siège serait levé; on exposait les reliques les-plus vénérées. Les moines s'administraient la discipline en poussant des cris lamentables. C'était triste et grotesque. Les royalistes faisaient de toutes ces mises en scène bizarres des sujets de plaisanterie, et cependant parmi ces moines il y avait des hommes de courage; ils le prouvèrent en combattant vaillamment sur les remparts , où plusieurs trouvèrent leurs tombeaux. 1
Le roi avait compté moins sur son armée que sur la famine pour réduire la ligue et l'anéantir sous les murs de Paris : elle arriva vite. Les détails de cette triste page d'histoire de nos guerres religieuses se trouvent dans une relation bien touchante que nous en a laissé Pierre Corneio, l'un des témoins oculaires de cette grande scène de désolation; après avoir raconté comment les vivres commencèrent à se faire rares : «Voilà donc, dit le narrateur, où