‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 232 sur 258 · De Thou, Kv. XCV1L — Davila, liv. XI. — L'Estoile, armée · texte numérisé non relu

De Thou, Kv. XCV1L — Davila, liv. XI. — L'Estoile, armée

en était cette louable ville, tant pressée de faim, que non-* seulement les pauvres en mouraient, mais aux grandes maisons et plus riches, comme celle de M. le légat, de l'ambassadeur d'Espagne , des princes et princesses , chaque jour les gentilshommes ne mangeaient que six onces de pain ; et la plupart des autres maisons on ne pouvait quasi rien donner aux serviteurs, et tout le menu peuple endurait la même nécessité ; la chair était fort chère : les pauvres mangeaient des chiens, des chats, des rats, des feuilles de vigne et autres herbes qu'ils trouvaient, encore étaient-ils fort chers. Entre autres le gardien des Cordeliers m'a assuré qu'en trois semaines on n'avait pas mangé, en son couvent, un morceau de pain, et qu'ils n'avaient qu'un peu de ces herbes crues que nous avons dit, et de ces bouillies faites de son d'avoine comme les autres; et beaucoup de ceux qui n'avaient de quoi acheter de ces petites choses mouraient par les rues (qui doit bien tourner à la louange et à la compassion de ce pauvre peuple) et s'en trouvait quelques matinées cent , cent cinquante et quelquefois jusqu'à deux cents, morts de faim par les rues, et compte fait, il se trouve qu'en trois mois il est bien mort treize mille personnes de faim1. C'était là le changement de la gloire et triomphe de cette belle ville, en laquelle, au lieu de ces belles et riches tapisseries, vaisselle d'argent, joyaux et pierres précieuses; au lieu de beaux carrosses, coches et chevaux qui promenaient les gentilshommes et dames par la ville, ne se voyait autre chose que chaudières de ces bouillies et herbes cuites, dont ils mangeaient avec autant d'appétit comme ils eussent fait des meilleures viandes du monde; le boire ne les soutenait guère davantage, parce que (comme je l'ai dit) les tavernes et cabarets de bon vin s'étaient changées en trafic de je ne sais quelles eaux, comme tisanes mal cuites et mal faites qui se vendaient par les carrefours. La musique qui s'y entendait était des cris de pauvres, des vieilles gens pauvres, femmes et petits enfants qui demandaient du pain, sans que personne leur en pût donner, ni les secourir. Et puis, s'il fallait trouver un peu de pain blanc pour un malade, il ne s'en pouvait trouver ou bien c'était à

ft. D'autres cuit porté le nombre des morts à 30,000.

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